Kingdom :
Royaume de France Kingdom of England Sacrum Romanorum Imperium Nationis Germanicæ Corona de Aragón Царство България Krolestwo Polskie Kingdom of Denmark Reino de Portugal Ελλάδα Principat de Valahia Osmanlı İmparatorluğu Kingdom of Scotland Kraljevstvo ujedinjene Mađarske i Hrvatske Corona de Castilla y León Новгородская республика Ireland Regno delle Due Sicilie Краљевина Србија Mbretëria e Arbërit Serenissima Repubblica di Venezia Kraljevina Bosna Kalmar Union Země Koruny české
Province :
Last news of the kingdom Franche-Comté Duché de Savoie Comté de Provence Markgrafschaft von Baden Grafschaft von Württemberg Duché de Lorraine Grafschaft von Augsburg Schweizerische Eidgenossenschaft Ducato di Milano Graafschap Holland Herzogtum von Bayern Erzherzogtum von Österreich Ducato di Modena Repubblica di Genova Burggrafschaft von Nürnberg Fürstentum Mainz Repubblica fiorentina Herzogtum Steiermark Repubblica di Siena Kraljestvo Celje ville franche
19/08/1474 l'ennemi est aux portes, fermons les portes
À Paris (AAP) - C'est officiel : l'ennemi est aux portes. Et quand l'ennemi est aux portes, que fait-on ? On ferme les portes. C'est logique. Surtout si l'ennemi est déjà passé par les portes. Dans la nuit du 8 au 9 août, une flotte « irlandaise » affiliée à l'ONE se serait donc présentée devant la côte normande avant de forcer l'accostage du port de Rouen. Deux armées, fortes d'une quarantaine d'hommes, auraient débarqué. Quarante hommes. Deux armées. Il faut croire que l'armée française avait prévu de combattre séparément les vingt premiers, puis les vingt suivants.
Malheureusement, les défenseurs, peu nombreux et surpris dans leur sommeil, n'ont pas pu repousser l'assaut. Ils dormaient. C'est embêtant pour défendre une ville. D'autant plus qu'on nous précise que l'action se déroule un dimanche, « normalement consacré au Seigneur ». Voilà donc l'ennemi qui débarque pendant que les défenseurs sont au repos dominical. On ne saurait reprocher à l'ONE de ne pas connaître les bonnes manières : attaquer le dimanche matin, c'est certes peu œcuménique, mais c'est efficace.
À lire (ou alors désolé mais vous n'avez pas accès) : Fermeture totale de frontières en Domaine Royal
Rouen serait désormais « plus qu'en danger de tomber ». C'était le 9 août, d'accord. Plus qu'en danger. C'est-à -dire ? En danger de tomber, puis en danger de tomber davantage ? Ou bien en danger au carré ? La précision est importante, car il s'agit tout de même de Rouen, capitale normande, et d'un château que le communiqué nous apprend simultanément à être « vidé de tout butin ». Ah. L'ennemi vient donc conquérir une ville sans richesse. Voilà qui change tout. Nous voilà rassurés pour le trésor ducal.
Mais pas pour la souveraineté. Car l'affaire est grave. Très grave même. À tel point qu'après avoir constaté que deux armées de vingt hommes ont débarqué, la Couronne annonce des mesures « défensives et offensives ». Lesquelles ? On ferme les frontières. Voilà l'offensive. On ferme les frontières aux étrangers. Voilà la défensive. C'est merveilleux, une guerre où l'on commence par empêcher les renforts d'arriver.
Le dispositif est précis : les étrangers ne pourront plus entrer dans le Domaine Royal, sauf s'ils viennent d'une province ou d'un État allié. Et même les alliés devront se munir d'un laissez-passer dûment autorisé par le Duc ou le Comte, contresigné par le Prévôt de France.
L'ennemi, lui, n'a apparemment pas demandé de laissez-passer. Il faut dire qu'il est déjà à Rouen. Même qu'il est déjà reparti. Vu qu'il était deux fois vingt et vain. On comprend donc mieux l'urgence. Il fallait agir. Et vite. Alors on a fermé les frontières. C'est un peu comme fermer l'écurie après que le cheval est parti. Mais avec un Prévôt pour contresigner.
La Couronne rappelle également que chacun doit agir : soldats, miliciens, volontaires civils, sujets vigilants et régnants exemplaires. Tout le monde doit donc se mobiliser. Sauf les étrangers. Dinguerie ce qu'il y a d'étrangers dans le Royaume de France. Eux doivent rester dehors. Enfin, ceux qui n'y sont pas déjà .
Car voici le véritable prodige de cette affaire : l'ennemi est suffisamment puissant pour débarquer en Normandie, prendre pied à Rouen et menacer une capitale, mais suffisamment faible pour que la principale réponse politique consiste à demander aux autres de ne pas venir. On appelle cela faire front commun. Un front commun avec contrôle des frontières. Il fallait y penser.
Le communiqué de Sa Majesté nous apprend encore que cette attaque survient après la déconfiture de l'ONE au Portugal. Nous voilà donc avec une hydre. Une hydre qui vient de perdre au Portugal, qui traverse la mer, débarque en Normandie et trouve encore la force de menacer Rouen. Il faut reconnaître à cette hydre une endurance remarquable. Mais surtout, elle a une qualité rare : elle permet de réutiliser les mêmes communiqués. Hier, elle était au Portugal. Aujourd'hui, elle est à Rouen. Demain, peut-être à Arras. Après-demain, elle sera probablement à l'origine de la fermeture d'un marché à Rennes.
Et chaque fois, la Couronne pourra rappeler que « la menace existe toujours ». La menace existe toujours. La phrase est admirable. Elle permet de ne jamais avoir à expliquer quand elle a commencé, quand elle finira, ni pourquoi elle revient toujours au même endroit. Il suffit de constater qu'elle existe. Et puisqu'elle existe, on ferme.
On ferme les frontières. On ferme les ports. On ferme les portes. Il ne restera bientôt plus qu'à fermer les fenêtres. Par précaution. On ne sait jamais. Car dans cette guerre, il faut être prudent. L'ONE pourrait entrer par la porte. Alors fermons la porte. L'ONE pourrait venir par la mer. Alors fermons les ports. L'ONE pourrait être cachée parmi les étrangers. Alors fermons les frontières. L'ONE pourrait attaquer pendant que les défenseurs dorment. Alors, peut-être, ne dormons plus. Et si nous ne dormons plus, nous serons fatigués. Et si nous sommes fatigués, nous dormirons. Et si nous dormons... L'ONE sera à Rouen.
C'est ainsi qu'une quarantaine d'hommes débarquent sur les côtes françaises et réussissent le tour de force de réveiller tout un royaume de près de 5000 âmes quand même sans que personne ne sache exactement qui, au juste, doit fermer quoi. À moins que le véritable danger ne soit pas l'ONE. À moins que le véritable danger soit la répétition. Car cela aussi, nous l'avons déjà vu. Une attaque. Une alerte. Une proclamation. Une fermeture. Un appel à l'unité. Puis une nouvelle attaque. Et l'on recommence. Belote et rebelote.
À lire aussi : frontières fermées : le Languedoc pose la herse
La France vient donc d'inventer une nouvelle stratégie militaire : quand l'ennemi arrive, on lui ferme les frontières. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il respecte le règlement. Sinon, il faudra vraiment envisager de défendre Rouen. Ou envoyer l'Anjou prendre Rennes. Allez savoir pour quoi en faire.
Glaber pour l'AAP agence des Terres au Milieu
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
18/08/1474 le bal du Compliment
Straßbourg (AAP) - Il fallait bien finir en beauté. Après six mois de guerre, des armées venues de tous les horizons, des sièges, des flottes, des proclamations martiales et une paix dont le principal résultat officiellement mesurable est de reconnaître à AEGIS sa « valeur militaire », l’Empire ouvre donc les portes de son Palais pour les grandes festivités de la Concorde impériale. Et quelle fête !
Le grand bal bat son plein. Draperies, étoffes précieuses, dorures, centaines de chandelles, argenterie, tables croulant sous les victuailles : volailles rôties, poissons, pâtés, tourtes, pains, fruits frais ou confits, pâtisseries au sucre et au miel. Le tout est généreusement arrosé de vins blancs et rouges, d’hypocras et de diverses boissons dont la fonction semble être d’aider les convives à oublier que, quelques jours auparavant, l’Aristotélité est encore en guerre.
Le Palais a visiblement décidé que la paix doit être célébrée avec suffisamment de faste pour qu’il ne vienne à personne l’idée de demander ce que la guerre a exactement produit. Les nobles arrivent, les dignitaires arrivent, les soldats arrivent, les courtisans arrivent. Même quelques voyageurs venus de très loin franchissent les portes. Lucas et son épouse Aurélia figurent parmi les premiers arrivants. Un couple manifestement prudent, puisqu’ils ont le bon goût d’arriver assez tôt pour être servis les premiers.
Marco Alberto dei Tancredi, plus habitué aux routes poussiéreuses, aux camps militaires et aux armes qu’aux grands bals de cour, découvre quant à lui un univers sensiblement différent de celui des six derniers mois. Il prend rapidement une décision stratégique qui force le respect : commencer son exploration par le buffet. Un homme de guerre qui sait reconnaître le terrain décisif.
Rebecca accueille les invités à l’entrée, tandis que Nolanne veille aux derniers préparatifs. L’Impératrice se montre quelque peu inquiète quant au bon déroulement de la soirée. On la comprend. Après avoir organisé une guerre, organiser un bal doit sembler terriblement périlleux. Heureusement, Merkarios fait son entrée, vêtu de noir et d’or, et rejoint son épouse. L’Empire peut respirer. La soirée est sauvée.
Puis les musiciens prennent possession de la salle. Et c’est ainsi que, sous les ors impériaux, entre deux coupes et quelques pas de danse, se poursuit la célébration de la plus étrange des guerres. Car il faut rendre justice aux organisateurs : la Guerre du Compliment produit au moins un magnifique bal.
Les armées venues faire trembler l’Empire sont reparties. Strasbourg conserve ses duchés, ses comtés, ses magistrats et ses nobles. Tout le monde a donc gagné. Il ne reste plus qu’à boire à cette remarquable unanimité. Il faut bien fêter cela. À la victoire ! À la paix ! À la valeur militaire ! Et surtout à la santé de ceux qui réussissent le prodige de transformer six mois de guerre en une reconnaissance mutuelle de leurs qualités guerrières.
Après tout, une guerre qui finit par un compliment mérite bien un bal. Les musiciens jouent. Le buffet est ouvert. La guerre est finie. Vive la victoire !
À lire : The Great Bal of the Imperial Concord
Etienne Berne pour l'AAP agence des Terres au Milieu
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
17/08/1474 en France, Rouen prise, Rouen quittée
À Rouen (AAP) - Il faut parfois une armée pour démontrer qu'une armée ne sert à rien. Rouen est tombée. Puis Rouen a été quittée. Entre les deux événements, l'Irlande aura démontré une remarquable capacité à projeter des forces, à conduire une opération navale, à débarquer des troupes, à prendre une capitale et à repartir avant même que la capitale ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Militairement, l'opération fut donc réussie. Politiquement, c'est une autre affaire.
Kazimi , qui commandait les navires et les détachements engagés dans l'opération, a expliqué que l'entreprise avait été soigneusement préparée et qu'elle n'avait jamais eu pour objectif de tuer ou d'exécuter les Normands. Il faut lui en donner acte : l'armée irlandaise aura effectivement fait preuve d'une certaine retenue. Elle a surtout exécuté les navires. Dix-sept bâtiments ont été coulés dans les ports normands. Deux autres ont été épargnés en échange de 200 épées. Rouen a été occupée. Les installations minières ont été placées en entretien automatique. Puis les forces irlandaises sont reparties.
C'est là que commence le véritable problème militaire. Car la guerre n'est pas l'art de déplacer des hommes et des navires avec élégance. Elle est la continuation de la politique par d'autres moyens. Une opération militaire ne trouve donc son sens que dans l'objectif politique qu'elle sert. Or, à Rouen, l'objectif politique demeure aussi difficile à discerner qu'un soldat normand derrière un mur de brouillard.
Prendre une capitale sans chercher à la conserver peut être une manœuvre. Détruire une flotte sans chercher à établir durablement une maîtrise maritime peut être une démonstration de puissance. Entrer, frapper, désorganiser et repartir peut avoir une valeur stratégique. Mais encore faut-il savoir ce que l'on voulait obtenir.
L'Irlande semble avoir obtenu exactement ce qu'elle était venue chercher : des navires coulés, 200 épées récupérées, une capitale occupée et la preuve que ses forces pouvaient y entrer à volonté. La Normandie, elle, récupère une capitale vidée de ses envahisseurs, des ports débarrassés de leurs navires et des mines placées en entretien. On pourrait presque parler d'une opération de service public.
La lettre laissée par Kazimi dans la salle du conseil ducal achève de donner à l'expédition son caractère singulier. L'intéressé y remercie les Normands pour leur accueil, se félicite de leur générosité, explique avoir débarrassé leurs ports de bâtiments « qui n'auraient pas dû s'y trouver » et présente comme un geste amical l'autorisation laissée à deux navires de demeurer à quai à Rouen. Même l'ennemi semble avoir pris soin de ne pas laisser derrière lui de problème politique.
Il laisse seulement des problèmes comptables. Les mines, notamment, ont été placées en entretien automatique, avec les réserves de pierre et de fer laissées par les Normands. Là encore, le geste est remarquable : après avoir conquis la capitale, l'armée occupante prend soin de programmer l'entretien de l'économie locale avant de partir. On peine à imaginer meilleure illustration de la différence entre une opération militaire et une guerre.
Une guerre cherche à imposer une volonté. Une opération peut chercher à démontrer qu'on en est capable. Rouen aura donc servi de terrain d'expérience à cette seconde forme de puissance. L'Irlande a démontré qu'elle pouvait franchir la mer, pénétrer en Normandie, neutraliser les navires présents dans les ports, prendre la capitale et s'en retirer à son gré. C'est une victoire militaire.
Mais une victoire militaire sans objectif politique durable ressemble à une épée brandie dans le vide : elle prouve que celui qui la tient sait frapper, sans indiquer qui doit céder. La prochaine fois, Kazimi annonce vouloir jouer au « Juge, Jury et Bourreau », ainsi qu'au « Maître Absolu ». La formule est plaisante. Elle révèle surtout que l'opération de Rouen n'aura finalement produit aucune transformation politique durable. La puissance a été démontrée, mais elle n'a pas été convertie en pouvoir. La force a occupé le terrain, mais n'a pas imposé de volonté.
C'est précisément ici que réside la vacuité de l'exercice. On y voudrait rejouer la « Guerre du Compliment » qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Car conquérir une capitale est un moyen. La conserver est un choix. Obtenir une concession est un objectif. Faire reconnaître une nouvelle réalité politique est une victoire. Et repartir en laissant derrière soi une lettre narquoise, des ports vidés, des mines en entretien et deux navires autorisés à rester à quai, c'est autre chose.
C'est une démonstration. Une brillante démonstration, peut-être. Mais une démonstration ne fait pas une guerre. Rouen est donc revenue à ses propriétaires presque aussi vite qu'elle leur avait été retirée. Les Irlandais sont partis. Les Normands sont restés. Et, au terme de cette campagne, chacun pourra raisonnablement prétendre avoir gagné. Ce qui est probablement le meilleur signe que personne n'avait véritablement décidé ce qu'il fallait gagner.
À lire : Rouen tombe, les ports normands passent sous contrôle irlandais
À lire : les ONE s'étaient retirés, le château fermé, la mairie reprise par Sandrine
Carl Philippo Gottlieb pour l'AAP agence des Terres au Milieu.
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
14/08/1474 au Portugal, Libérés, délivrés et priés de débarrasser le plancher
À Coimbra (KAP) — Depuis la «libération du Portugal», le Royaume de Portugal n’a pas connu le retour massif de ses habitants, mais leur départ. Derrière les proclamations de victoire, les bannières remplacées et les châteaux repris apparaît un autre Portugal: celui des maisons vides, des citoyens absents et des recensements qui continuent à compter ceux qui sont déjà partis.
Lorsqu’une invasion oblige une personne à fuir avec les seuls vêtements qu’elle porte sur elle, sa dernière préoccupation est généralement de se rendre dans les bureaux afin de demander que son nom soit retiré des registres. Beaucoup de ceux qui ont quitté précipitamment les villes portugaises continuent donc à figurer parmi leurs habitants, alors qu’ils ne s’y trouvent plus.
Notre correspondant s’est rendu à Porto et à Lamego les 10 et 11 août. Il s’agit des deux villes les plus peuplées du comté de Porto, réunissant 240 des 293 personnes officiellement recensées dans le comté. À Porto, 189 personnes demeurent inscrites. Pourtant, la liste des citoyens réellement présents n’en comptait que 104. À Lamego, la situation était encore plus grave. Sur les 51 personnes recensées, seules 18 étaient réellement présentes. Même en supposant que les 53 autres habitants inscrits dans le reste du comté soient tous présents, hypothèse particulièrement généreuse, le comté de Porto aurait perdu environ 40 % de ses habitants. Le même phénomène peut être observé dans le comté de Coimbra. Ce journaliste s’est rendu à Coimbra et à Aveiro les 8 et 9 août. À Coimbra, seules 21 personnes étaient présentes sur les 58 recensées.
Il y a un an, le 9 août 1473, le Royaume de Portugal comptait 1186 habitants. Aujourd’hui, le recensement officiel en dénombre 924, mais le chiffre réel est bien inférieur. Si l’on retranche uniquement les personnes absentes constatées dans les quatre villes précédemment mentionnées, la population effectivement présente serait inférieure d’environ 40 % à celle d’il y a un an. Et si notre correspondant avait pu visiter toutes les villes, la baisse réelle pourrait dépasser 50 %.
À cet exode doit s’ajouter le traitement réservé à ceux qui sont restés. Depuis la «libération du Portugal», les registres de Coimbra font état de huit condamnations pour trahison ou haute trahison. Les accusés de Porto ont connu un sort moins favorable: quatorze condamnations à mort y ont déjà été prononcées, ainsi que huit condamnations à la peine maximale de dix jours de prison, assorties en outre d’amendes comprises entre 150 et 200 cruzados.
Le Tribunal Royal, compétent pour examiner les recours contre les décisions des tribunaux comtaux, demeure paralysé. Les candidatures destinées à le renouveler ont été closes le 31 juillet dernier, avec quatre candidats issus des trois comtés du Royaume. Ceux-ci doivent cependant encore être approuvés par les Cortes Gerais, qui ne montrent plus aucune activité depuis plus de quatorze mois, sans qu’aucun effort visible soit entrepris pour les réactiver.
Une libération ne devrait pas se mesurer uniquement au changement d’une bannière sur un château. Elle devrait se mesurer au nombre de personnes qui reviennent, aux maisons qui se remplissent de nouveau, aux institutions qui reprennent leur activité et à la possibilité, pour ceux qui pensent différemment, de demeurer dans leur pays sans être traités comme des ennemis.
Est-ce cela, la libération? Ou a-t-on simplement expulsé l’autre moitié du Royaume, celle qui pensait autrement?
Brigal, pour l'AAP agence des Terres au Milieu
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
11/08/1474 en France, Rouen tombe sans broncher
À Rouen (AAP) - De notre correspondant qui, pour trouver la Normandie, a dû demander son chemin. La Normandie, vous connaissez ? Non ? C’est normal.
Avec ses 168 habitants répartis dans sept villages, la province tient davantage du désert démographique que du duché florissant. Mais qu’on se rassure : ce n’est évidemment la faute de personne. Ou plutôt si : des autres. Toujours les autres. Les voisins, les ennemis, les circonstances, le ciel, la fatalité… bref, tout ce qui permet d’éviter de regarder le désert en face. Il reste tout de même Rouen, 27 habitants. Vingt-sept ! Une métropole, à l’échelle normande. Une capitale. Enfin, une capitale de 27 âmes, ce qui permet au conseil de tenir ses réunions dans une taverne sans avoir besoin de pousser les tables. Et Rouen, justement, vient de tomber.
Enfin, pas encore tout à fait au moment où nous écrivons ces lignes. Mais suffisamment pour que les armées de l’Ordo Negrum Equites et de leurs affidés aient investi la capitale du duché. Ce qui, normalement, devrait constituer une information. Normalement. En Normandie, non.
Car le Normand dispose d’un privilège rare : il peut apprendre par hasard, au détour d'une taverne, que la capitale de son duché est sur le point de changer de bannière. Sur le forum provincial ? Rien. Pas un mot. Pas une alerte. Pas même un petit « attention, les gars, Rouen est attaquée ».
Il faut dire que la Normandie est administrée avec tout le sérieux administratif que mérite un territoire du domaine royal de 168 habitants : régent, laissez-passer, amirauté, maréchaussée, et probablement quelques commissions chargées de déterminer qui est habilité à informer ceux qui devraient être informés. Le peuple, lui, peut cultiver. Il peut miner. Il peut vendre. Il peut aller à la halle du village. Il peut raconter sa vie sur le forum. Mais apprendre que Rouen va tomber entre les mains de l'ONE, voilà qui semble relever d'un cercle d'initiés particulièrement fermé.
Il faut connaître quelqu'un. Ou quelqu'un qui connaît quelqu'un. Ou être assis à la bonne table au bon moment. À défaut, vous découvrirez la nouvelle lorsque la bannière aura changé. Une ville tombe. Et alors ? On entend déjà les philosophes de comptoir : « Une bataille n'est pas la guerre. » Certes. Une ville qui tombe n'est donc pas la guerre.
Sauf quand la ville est portugaise. Là , soudain, l'événement devient historique. Une ville est prise ? L'ONE reflue ! Une armée ennemie se retire ? Nous avons gagné ! Une troupe ennemie traverse trois villages ? Ils fuient ! Et le général White ? Un héros ! Ce qui, pour la dernière proposition, n'est d'ailleurs pas nécessairement faux.
Mais enfin, lorsqu'il s'agit de Rouen, on se découvre brusquement une pudeur stratégique : surtout ne rien dire. Une bataille n'est pas la guerre, vous comprenez. Une capitale n'est qu'une capitale. Vingt-sept habitants, après tout. Une fois qu'on aura retiré les sept qui sont partis miner, les cinq qui sont en taverne et les trois qui n'ont pas vu le courrier, il ne restera plus grand monde à prévenir.
Rouen, mais pour quoi faire ? Car le plus amusant dans cette affaire n'est peut-être pas que l'ONE prenne Rouen. C'est qu'on ne sait toujours pas pourquoi. Prendre une capitale, c'est bien. Mais après ? On pourrait imaginer quelques explications. Les envahisseurs ont peut-être une liste. Des officiers royaux. Des serviteurs de la Couronne. Des vassaux. Des proches de la Reine, enfin, ceux dont on se souvient encore du nom. Et pourquoi pas quelques comptes à régler.
Dans ce cas, les choses pourraient devenir intéressantes. Monsieur le marquis de Mescouilles, vassal dévoué de Sa Majesté des Lys : vous souhaitez conserver votre fortune ? Faites-en donc don au duché. Sinon, direction le tribunal. Puis les geôles. Puis, entre deux peines de dix jours, un petit séjour aux fourches patibulaires, histoire que chacun comprenne bien la jurisprudence. Madame la duchesse des Fessesroses, vassale de Sa Majesté des Lys : vous reniez vos allégeances et ralliez la harpe de Dublin, ou bien vous assumez vos choix et leur conséquence. Voilà au moins une politique. On pourrait être pour. On pourrait être contre. On pourrait même avoir une opinion en Normandie. Ce serait déjà beaucoup. Mais pourquoi Rouen ?
Pour l'instant, rien. Les communiqués s'échangent. Les chancelleries se parlent. Les officiers se répondent. Les titres sont longs, les formules impeccables et les salutations soigneusement scellées. Tout le monde est très poli. Tellement poli qu'on finit par se demander si quelqu'un a oublié de demander ce que l'ONE compte faire de Rouen.
Car conquérir une capitale sans lui donner d'objectif ressemble beaucoup à acheter une vache pour admirer la clôture. À moins, bien sûr, que l'objectif soit simplement de prendre Rouen. Dans ce cas, félicitations : objectif atteint. Mais pourquoi ? Mystère.
Et c'est ici que la Normandie apporte sa contribution originale à la politique française : l'absence d'information devient une politique d'information. La gouvernance préfère les petits mots entre gens renseignés à la place publique. Les conversations privées aux forums. Les initiés aux habitants. Puis, lorsque les habitants apprennent enfin quelque chose, on s'étonne qu'ils ne soient pas au courant.
C'est assez pratique. Et parfaitement circulaire. La Normandie, terre de secrets Il faut reconnaître que le duché a trouvé une solution élégante à son problème démographique. À force de ne plus rien dire à personne, il y aura bientôt davantage d'initiés que d'habitants. 168 habitants ? Aucun problème. On pourra bientôt compter : 168 Normands, 214 personnes « dans la confidence », 37 chanceliers, 14 officiers, 9 régents, 6 personnes qui savent réellement ce qui se passe, et une population entière qui l'apprendra dans trois jours par hasard.
La faute au ciel, naturellement. Ou aux circonstances. Ou aux voisins. Ou à l'ONE. Certainement pas à cette vieille habitude de gouverner derrière les portes closes, de privilégier les religions à mystères aux pastorales publiques, les petits cercles aux grandes places, les confidences aux annonces.
Et voilà donc Rouen assiégée, peut-être prise, probablement promise à la chute. Une capitale de 27 habitants. Une capitale dont les habitants, eux, auront peut-être été les derniers informés de sa propre conquête. Et après ? Peut-être Rouen tombera-t-elle. Puis l'ONE repartira. Peut-être remettra-t-on une bannière. Peut-être échangera-t-on quelques lettres. Peut-être les chancelleries se féliciteront-elles mutuellement de leur parfaite maîtrise du dossier.
Et peut-être, surtout, personne ne racontera rien. Pas même lorsque Rouen aura été prise. Pas même lorsqu'elle aura été abandonnée. Pas même lorsqu'on aura oublié qu'elle avait été prise. Car il existe une manière très efficace de faire disparaître un événement : ne jamais l'annoncer. Et si, par extraordinaire, quelqu'un finit par demander ce qui s'est passé, on pourra toujours lui répondre que ce n'était pas important.
Après tout, une bataille n'est pas la guerre. Et en Normandie, manifestement, une capitale n'est pas une information.
Gaspard de la Goupille dit Gégé, pour pour l'AAP agence Meuse, Saône et Rhône.
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
+