30/11/1473 Bretagne, quand la guerre n’a pas d’après

À Rennes (AAP) - Il souffle depuis quelque temps sur nos royaumes un vent de stupeur amusée. Car tandis que les osts franco-berricho-angevins et leurs alliés se rengorgent d’avoir pris Rennes, haut fait, certes, dont ils ne manquent pas de se gargariser à longueur de bivouac, voilà que les Bretons, eux, continuent placidement leurs affaires d’élections et de délibérations, comme si la chute de leur capitale n’était qu’une légère pluie sur leurs chausses. Deux mondes séparés par une muraille d’incompréhension, et chacun dans sa bulle : les uns brandissent leurs bannières au cri de victoire, les autres comptent voix et soutiens comme si la ville n’était pas tombée la veille.
À les entendre, les coalisés auraient renversé l’ordre des choses : Rennes est prise, le duc serait frappé d’effroi, les portes ouvertes, les destins prêts à être tranchés. Mais lorsqu’on traverse leurs rangs, on ne voit que perplexité : les capitaines se demandent déjà ce qu’ils comptent faire de cette conquête qu’ils n’avaient visiblement pas songé à employer. Châtier les traîtres ? Ils n’en châtient aucun. Renvoyer les maîtres des ports et y mettre leurs gens sûrs ? Ils n’en déposent aucun. Établir une nouvelle gouvernance ? Ils n’en proclament point. On dirait qu’ils avaient pour tout but de prendre Rennes, et qu’une fois la ville obtenue, ils ne savent plus à quel saint se vouer.
Pendant ce temps, les Bretons poursuivent leurs élections comme on poursuit une veillée de village : sans hâte, sans trouble, sans considérer les fers qui tintent à leurs portes. Quelques-uns glissent même sous les créneaux sans jeter un œil aux enseignes étrangères, trop occupés à savoir quel notable l’emportera dans quelque assemblée du cru. Pour eux, la prise de Rennes n’est ni fin du monde ni rupture d’équilibre : seulement une nouvelle de plus qu’on racontera peut-être à la taverne, si le cidre est bon et la compagnie bavarde.
L’observateur extérieur ne peut que hausser les épaules : les Français souhaitaient-ils une démonstration de force ? Qu’ils la complètent. Espéraient-ils abattre les têtes qui leur sont odieuses ? Qu’ils les abattent. Désiraient-ils imposer leurs hommes à la tête des havres et passages ? Qu’ils le fassent. Las ! Rien ne vient. Leur victoire sonne creux comme un tambour sans peau. Une cité prend, mais personne ne gouverne ; une guerre se mène, mais nul ne sait ce qu’il en veut tirer.
Au bout du compte, c’est la Bretagne qui donne la leçon : une capitale peut tomber sans que le pays tremble, si ceux qui la prennent ne savent point pourquoi ils la prenaient. On dira donc que les Français ont remporté un beau succès, mais que ce succès demeure un coquillage vide. Car sans dessein, une conquête n’est pas un acte de puissance : seulement un bruit lointain qui se perd dans le vacarme des affaires humaines. Les Bretons élisent ; les Français campent ; et chacun poursuit son monde comme si l’autre n’existait pas. Ainsi va la guerre quand elle avance sans objectif : elle marche, certes, mais ne mène nulle part.
À lire : Rennes ville prise
Domitille Rosépine pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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30/11/1473
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30/11/1473
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29/11/1473 De la dispersion progressive des Puissances Sacrées

Genève (AAP) - Il n’est point de République qui puisse longuement subsister, si les puissances qui la composent se trouvent éparses, minées ou sujettes à l’arbitraire des volontés particulières. Car, de même que l’unité du corps dépend de l’accord des humeurs, ainsi la stabilité des institutions requiert que l’autorité, unique et constante, préside aux choses spirituelles comme aux temporelles. Or, il est advenu depuis quelques années, et les événements récents en sont preuves éclatantes, que l’Église Aristotélicienne dite Romaine, autrefois ferme citadelle de doctrine et de régulation, montre en ses ressorts le relâchement d’une puissance jadis indivise.
Voyez comme désormais les Évêchés, qui jadis relevaient du jugement d’un consistoire royal ou du Saint-Collège, sont concédés aux régnants locaux, aux ducs et comtes selon leur territoire. Le siège de Bourges, naguère métropolitain et revêtu d’une antique dignité, se voit remis non par décret romain, mais par la seule volonté du Duc de Berry. Utrecht, Angers, Lausanne et Genève, antiques bastions de la foi, se trouvent pareillement soumis à la grâce d’un Comte ici, d'un Archiduc ou d'Avoyers là , comme si le gouvernement des âmes devait être mesuré à l’aune des frontières terrestres et non plus à celle de l’autorité sacrée.
Je ne parle point ici pour contester la prudence des princes, car je tiens, en accord avec la doctrine que j’exposai ailleurs, que la souveraineté, pour être parfaite, doit embrasser les causes publiques. Mais je note ceci : là où les puissances sacrées deviennent tributaires des puissances civiles, et où les nominations ecclésiastiques procèdent non d’un centre commun mais d’une multitude de centres divergents, là naît l’inévitable dislocation du pouvoir spirituel. Ce qui était un devient plusieurs ; ce qui était universel se particularise ; et ce que l’on nommait Église se réduit en une série de chapelles soumises aux princes de leur province.
Il n’est nulle surprise, dès lors, que les anciens canons se voient transgressés, que les procédures se fassent diverses selon les terres, et que l’arbitrage de Rome, qui d’ordinaire servait de mesure et règle, s’étiole peu à peu dans les ombres d’une autorité déchue. Car là où n’existe plus une puissance supérieure donnant forme et unité, là s’immisce la confusion, mère de discorde et de décadence.
Mais le mal ne vient point des princes, mais de Rome seule.
Car si le Duc a voulu, en toute clarté, reconduire un prélat connu de son peuple, ce n’est point là qu’est la faute. Elle est plutôt dans ce clerc zélé, moins instruit des usages nouveaux que des vieilles vanteries romaines, qui réclama soudain l’aval d’un souverain qui n’a plus droit ni regard sur ces terres. Voilà bien le signe d’une Église égarée, dont les ministres, retirés comme avares dans leurs nefs pleines d’or, convoitent titres et prérogatives, mais désertent entièrement la place publique et le soin véritable des âmes.
Que Rome, autrefois juge universel, soit tombée si bas qu’il faille aux provinces régler elles-mêmes les successions spirituelles, voilà marque certaine d’un édifice sacré rongé jusqu’à la racine. Là où les calotins n’exercent plus leur charge, les peuples et les souverains doivent suppléer. Et si l’Église continue de somnoler dans sa richesse, ignorant le monde vivant, il n’en restera bientôt que le nom, tandis que les pouvoirs terrestres gouverneront seuls jusqu’au salut des consciences.
Et pourtant, il est de l’essence des corps institués que, lorsqu’ils abdiquent leur pouvoir propre, d’autres s’en emparent ; car jamais le vide n’est toléré dans les choses humaines. Là où Rome ne gouverne plus, les princes gouvernent. Là où l’Église ne choisit plus, les ducs et les comtes choisissent. Et là où l’unité se retire, la multiplicité s’installe.
Si quelque salut demeure, il ne viendra point d’un retour chimérique à un ordre ancien déjà défait, mais d’une reconnaissance claire : qu’une institution, pour vivre, doit exercer réellement l’autorité qu’elle prétend détenir ; qu’une puissance spirituelle ne saurait survivre si elle se contente de sceller ce que les puissances séculières ont décidé ; et que, sans redressement ferme, l’Église Aristotélicienne Romaine ne sera plus bientôt qu’un souvenir, un fantôme doctrinal, un nom laissé aux livres, tandis que la réalité du pouvoir aura passé tout entière aux mains des souverains terrestres.
Ainsi s’achève cette observation, non sans tristesse, mais avec le soin de la vérité. Car il appartient au philosophe comme au politique non point d’orner le réel de vaines illusions, mais d’en dévoiler les ressorts, afin que ceux qui gouvernent puissent, s’ils le veulent encore, prévenir la ruine annoncée.
À lire : Rodrigue de la Magdeleine nouvel évêque de Genève
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Jean Bodin pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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28/11/1473 nouvelle levée de fourches contre la reine Quinn

À Londres (AAP) - Au Palais de Westminster, les seigneurs du Parlement ont ressorti l’encrier, la cire et l’indignation : une seconde motion de remontrance a été lancée contre la reine Quinn. On ne la voit guère, mais on parle beaucoup d’elle.
Depuis des lunes, les conseillers du royaume cherchent la souveraine comme on cherche un moine sobre à la taverne : c’est dire si l’affaire est mal engagée. La reine disparaît par intervalles de plusieurs jours, sans édit, sans audience, parfois même sans un seul héraut criant : « La reine respire encore ! ». Et lorsqu’elle revient parmi les mortels, c’est pour frapper de son veto un texte tout juste approuvé par les Lords et Communes. Absente souvent, mais quand elle agit, les parchemins tremblent.
Le mystère demeure entier quant au soutien royal promis aux sujets prêts à quitter leurs terres pour s’établir dans le Devon. Une belle initiative, parait-il, sauf qu’aucune bourse n’a été ouverte. Les bénéficiaires attendent toujours, tels des pèlerins priant une relique qui ne fait pas de miracles.
Le premier épisode, il y a quelques mois, avait produit une longue liste de griefs digne d’un moine copiste en pleine crise mystique : manquement à la conduite du royaume ; indifférence aux affaires d’État ; usage douteux de décrets frôlant les peines arbitraires ; nominations de serviteurs sans leur assentiment, certains l’apprenant en plein marché ; lancement d’un grand mouvement de relocalisation avant même que l’institution chargée de l’organiser n’existe ; accusation de suborner témoignages ; Le vote avait donné 21 voix pour, 14 contre et 3 abstentions, loin du tonnerre des trois quarts requis. Roulement de tambour, flop royal.
Le 21 du mois, Dame Jesijajo, présidente de la Chambre, lance à nouveau la joute, citant l’absence chronique de la reine. Selon elle, Sa Majesté ne paraît guère qu’une fois par semaine, une heure à peine, juste le temps de bénir les chandelles, râler un peu, puis filer comme si Londres avait la peste.
Les projets de royaume restent inachevés, les décisions en suspens, et nul ne sait encore si l’Angleterre reste neutre ou se prépare à jurer quelque alliance guerrière. Le 22 novembre, miracle : la reine reparaît au Parlement, tel un spectre bien coiffé. Elle délivre sa plus longue allocution depuis des semaines. Elle y parle de : protéger les libertés de ses sujets, encourager les comtés à mieux se gouverner, mener à bonne fin le fameux « Accord de Prestige » (qui traîne depuis aussi longtemps qu’une croisade mal organisée), veiller au sort futur du royaume. Puis, d’un ton pincé, elle blâme « l’humeur chagrine ambiante » et les interférences dans ses documents, ce qui minerait le moral de la Cour.
La dame Vivienne, représentante de Mercie, réplique aussitôt, lame affûtée dans la voix :
Ce ne sont point les murmures du peuple qui troublent le royaume, mais les promesses jamais tenues notamment en matière de communication et de clarté. Ambiance plus tendue qu’une corde d’arbalète. Et la suite ? Le Parlement poursuit la discussion. La seconde remontrance réunira-t-elle enfin les voix nécessaires ? Ou tombera-t-elle comme la précédente, laissant la reine continuer son règne… sporadique ? En attendant, les scribes affûtent leurs plumes, et les courtisans, leurs rumeurs.
À lire : Parliament Opens Second Censure Debate Against the Monarch
Gaspard de la Goupille dit Gégé, pour l'AAP agence Meuse, Saône et Rhône.
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