11/01/1474trois jours de prison avant la condamnation à mort
À Rennes (AAP) - La prison de Bretagne retentit des éclats d'une condamnée qui refuse le silence. Zaltana, accusée d'appartenance aux "ONE" et de rébellion armée, attend son exécution dans un climat de haute tension. Elle dénonce un pseudo-procès mené par des juges angevins à la solde d'Edoran, affirmant que l'accusation n'a même pas pris la peine de plaider.
Depuis sa cellule, elle multiplie les provocations envers ses gardes et les autorités. Elle a fait transmettre un manifeste aux gargotes locales où elle fustige la passivité de certains Bretons et la trahison de ses accusateurs. Elle pointe du doigt un tournant historique majeur : la rupture brutale du traité de libre-échange avec l'Irlande de 1472, acte qu'elle attribue à la paranoïa d'Edoran.
Les échanges de ces derniers jours montrent une prisonnière radicalisée par l'enfermement. Face aux provocations de Jehan, qui lui prédit une fin imminente, elle répond par le mépris et la promesse de mourir pour sa terre. En parallèle, des signes de résistance apparaissent : un message clandestin dissimulé dans un morceau de pain évoque un plan d'évasion orchestré par une certaine Maryah et la résistance locale.
Malgré l'approche du bourreau et la présence cynique de certains spectateurs comme la briochine Ana, Zaltana a trouvé un court apaisement auprès du Padre Clodeweck. Elle a transformé ses derniers instants en une tribune mystique, priant pour que la Bretagne renaisse de ses cendres, plus forte, plus belle, plus fière et plus libre.
Ses derniers mots, hurlés à travers les barreaux, restent les mêmes : elle dénonce l'injustice et proclame son honneur de donner sa vie pour la Bretagne, la tête haute.
À Rennes (AAP) - Ils ont marché, longtemps. Ils ont compté les nuits, les tours de garde, les portes franchies à demi, les villes « prises » comme on coche une case sur un parchemin déjà jauni. Rieux, Rohan, Rennes promise puis jamais vraiment avalée. Des noms répétés à voix haute pour se convaincre que quelque chose avançait. On entre, on sort, on cerne, on assiège sans assaut, on proclame, on se retire. Le bruit des bottes couvre un instant le silence, puis le silence revient, intact.
On disait la Bretagne au bord de la falaise. On la disait occupée, maltraitée, humiliée. On annonçait la chute comme une évidence, la victoire comme un refrain. On sautait de case en case, à cloche-pied, avec l’enthousiasme appliqué de ceux qui jouent sérieusement à un jeu dont personne n’a expliqué les règles. Arrivé au ciel, on levait les bras : j’ai gagné. Mais le ciel était vide.
Pendant ce temps, les villes restaient là. Les murs n’avaient pas bougé. Les champs continuaient de produire de la boue. Les tavernes servaient toujours la même bière tiède. La guerre passait comme un nuage bas, laissant surtout de l’attente. Une attente épaisse, pesante, celle des soldats qui gardent des portes qui ne mènent nulle part, celle des chefs qui regardent la carte en espérant qu’elle finisse par parler.
Puis l’élection est venue. Non pas dans le fracas, mais dans la régularité obstinée du droit breton. Plus de voix qu’en juillet. Plus de monde, malgré les cris, malgré les prises de villes annoncées, malgré la passion guerrière brandie comme remède à l’acédie. Et au bout du compte, un nom. Meloar de Montfort Laval. Un Grand-Duc proclamé, scellé, signé, à Nantes, en plein hiver.
Alors quoi ? Tout ce tumulte pour en arriver là ? Les armées se sont agitées, les discours se sont enflammés, les alliances ont claqué comme des bannières au vent… pour que les institutions tiennent, pour que le trône ne tombe pas, pour que la Bretagne fasse ce qu’elle a toujours fait : continuer.
La guerre voulait du sens, elle n’a produit que du mouvement. Elle voulait une victoire, elle a offert un scrutin. Elle promettait un basculement, elle a accouché d’une continuité. Les villes « prises » n’étaient que traversées, les sièges que des pauses, les proclamations que des échos.
Tout ça pour ça : un pays encore debout, un nouveau Grand-Duc, et cette impression tenace que la plus grande défaite n’est pas d’avoir perdu une bataille, mais d’avoir cru qu’elle avait un but.
À Genève (AAP) - Regarde-les ! Ô lecteur, regarde ces seigneurs et ces brigands s'arracher les lambeaux d'une terre en feu pendant que tu grattes la terre pour une miche de pain à cinq écus. Laisse ta pioche et tes mignons petits pulis chevelus, car là-bas, sous les ors de la monarchie lusitanienne, la vie ne se compte pas en petites économies, mais en coups d'éclat et en amours contrariées. C’est un roman de sang, de suie et de soie qui s’écrit, une épopée digne d'Achille où la mort de la Reine Sofia n'était que le lever de rideau d'un chaos sublime.
Entends-les ! À Alcobaça, les insurgés de Coimbra ont repris la ville dans un fracas de victoire, criant leur existence à la face du monde, tandis qu’à Guarda, les loyalistes s’accrochent à leurs remparts dans une attente fiévreuse, sachant que la gloire est une maîtresse infidèle. Là ! Le général Dunlop Kalfani Torre, l’homme de fer, ne connaît ni la neutralité ni le repos : pour lui, soit tu baises le sceau de la Couronne, soit tu es un cadavre en devenir. Ici ! La guerre ne se fait pas qu’à la pointe de l'épée ; elle rampe aussi dans les noirs couloirs de Coimbra où le comte Susaku, tel une araigne de pouvoir, lance cent et deux procédures judiciaires pour briser les âmes sous les sceaux de cire. C’est un monde de cachots profonds et de parchemins assassins. Et au milieu de ce tourbillon ? Vois surgir la Baronne Lyssah Ferreira de Queirós Silva e Sagres Crawlyn, superbe de morgue et d'ambition, proposant de refaire la carte du pays par la grâce de Porto ou par la force des sarisses, de partager le royaume ou de le brûler.
Ecoute-les ! Ici, chaque pierre des chemins murmure un secret d'État, chaque fer des geôles surprend un soupir interdit, et la Couronne elle-même semble n'attendre qu'une main leste pour être dérobée dans un éclat de rire sardonique et narquois et un flot de sang gargouillé. Ton cœur ne brûle-t-il pas d'une envie sauvage devant tant de passions, loin de la boue de ton humble jardin ? Le Portugal tremble, se dresse et s’écharpe. Le Portugal se déchire et s’émerveille de sa propre fureur, et dans ce souffle épique, chaque instant de gloire ne vaut-il pas mille et un de tes hivers de misère.
Genève (AAP) - Il est devenu commun, lorsque les tribunaux d’une province se montrent actifs et que les prisons se remplissent, d’entendre certains citoyens se lamenter, accusant la Justice d’excès, de rigueur ou de persécution, et proclamant qu’« on ne peut plus vivre ainsi », comme si la contrariété était en soi une injustice.
Or cette plainte continuelle est le plus pauvre des recours, et le moins digne d’un personnage vivant dans un monde régi par le conflit, l’ambition et la force des volontés.
Car il faut rappeler ceci : la difficulté n’est pas une faute du monde, mais sa nature même. Nul État, nul royaume, nul ordre politique n’a jamais été exempt de tensions, de procès, de prisons ou d’adversité. Celui qui voudrait une existence sans heurt ne cherche pas à vivre en société, mais à se retirer hors du monde.
À ceux donc qui se plaignent du grand nombre de procédures judiciaires, il faut opposer une vérité simple : lorsque la Justice se multiplie, les choix politiques se multiplient aussi.
Premièrement, là où beaucoup sont traduits en justice, il y a nécessairement beaucoup d’hommes et de femmes partageant un même mécontentement. Or la multitude est déjà une force. Rassembler les condamnés, les menacés, les poursuivis, c’est former non un chœur de lamentations, mais une puissance collective. Avec un tel nombre, il est loisible de lever une armée, de renverser un conseil provincial, ou d’imposer un nouvel ordre par la force des armes ou de la politique.
Secondement, là où la loi d’une province devient hostile, il existe la voie de la sécession territoriale. Prendre une ville, la soustraire à l’autorité existante, et la placer sous un autre régime, fût-ce en la déclarant ville franche, est un acte risqué, certes, mais conforme à l’esprit du temps. Qui fuit la loi sans agir est un lâche ; qui la fuit en conquérant est un acteur politique.
Troisièmement, la prison elle-même n’est pas une fin, mais une épreuve. Le temps d’enfermement est limité, connu, mesuré. Dix jours de captivité sur quarante-cinq ne sauraient être présentés comme une exclusion définitive de la vie publique. Celui qui sort de prison peut en ressortir affaibli ou renforcé, auréolé de ressentiment légitime, prêt à transformer sa peine en roman.
Se plaindre que « l’on ne peut plus vivre ainsi » revient à confondre le confort avec le sens. La vie en société n’est pas fait pour garantir la tranquillité, mais pour offrir des possibilités de réaction. Refuser ces possibilités pour réclamer un monde sans contraintes, c’est demander un théâtre sans conflit et une politique sans opposition.
Il est aisé de gémir ; il est plus difficile d’agir. Pourtant, tout est donné à celui qui veut agir : alliances, complots, révoltes, exils, reconquêtes, réformes ou destructions. La solitude n’ôte rien, sinon l’illusion qu’on doit toujours être gagnant.
Que les condamnés cessent donc de se présenter comme victimes sans recours. Ils ne sont pas privés de moyens, mais seulement sommés de choisir : se soumettre, se transformer, ou combattre. La plainte n’est pas une stratégie ; elle n’est qu’un aveu d’impuissance volontaire.
Et s’il est vrai que la Justice peut être dure, il est tout aussi vrai que le monde appartient à ceux qui répondent à la contrainte par l’invention, non à ceux qui demandent qu’on la supprime.
À Rawa, duché de Mazovie (AAP) - Alors que l’hiver resserre son étreinte autour des murailles et que la neige étouffe les bruits du monde, une voix s’est élevée depuis les remparts de Rawa. Celle d’Adéla Rakowska herbu Korab, connue parmi les siens sous le nom de l’Iron Rat, soldate, stratège et figure centrale de la résistance mazovienne.
Dans un long témoignage livré depuis les murs mêmes de la capitale assiégée, Rakowska décrit une guerre d’attente et de veille, faite de patience, de froid et de regards jetés sur les feux ennemis. Elle y oppose deux camps irréconciliables : d’un côté, Mazovie et ceux qui, selon elle, défendent leur terre et leur communauté ; de l’autre, une coalition composite mêlant principautés polonaises rivales et armées étrangères, accusées de mensonge, de propagande et d’ingérence.
L’Iron Rat se présente longuement, retraçant un parcours singulier entre terres bohémiennes et mazoviennes. Fille d’un noble Rakowski et d’une mère tchèque, ancienne maire de Rawa et conseillère du duché, elle revendique avant tout une légitimité forgée par l’épée. Elle rappelle son rôle dans les combats contre l’Alliance de l’Égide, la défense du duché de Cracovie par le passé, puis la conquête de Brno aux côtés de Kalitche de Slavkov, épisode qu’elle décrit comme une libération face à des dirigeants qualifiés de despotiques.
Mais au-delà de l’autobiographie guerrière, le cœur de son propos est ailleurs. Rakowska affirme ne pas croire aux récits simplifiés d’un conflit né d’un seul acte ou d’un seul responsable. Elle parle au contraire de vieilles rancunes, de querelles familiales, d’ego blessés et d’ambitions personnelles ayant lentement fermenté jusqu’à l’explosion actuelle. Elle vise nommément Fenomena Ścibor, dirigeante de Cracovie, à qui elle prête une haine ancienne envers la famille Rakowski, transformée selon elle en politique d’État. Elle évoque aussi la “reine de Pologne”, figure qu’elle juge imposée, dépourvue d’autorité réelle en Mazovie, et entourée de conseillers plus habiles à manier la parole que la responsabilité.
Rakowska replace enfin l’origine effective de la guerre dans une suite d’actions maritimes et militaires : pillage de ports, destruction de navires, incursions armées en territoire mazovien. Des actes qu’elle qualifie de déclaration de guerre de fait, bien avant les proclamations et les appels à l’unité aujourd’hui invoqués par ses adversaires.
Mais c’est dans sa conclusion que le témoignage frappe le plus. L’Iron Rat confesse ne ressentir ni haine ni fureur sacrée, seulement un mépris froid. Elle dit regretter l’absence d’un ennemi qu’elle pourrait respecter, d’une guerre franche où l’honneur serait partagé. À ses yeux, le conflit actuel oppose non des idéaux, mais des combattants mus par la rancune, la manipulation et le mensonge. Et elle prévient : si Mazovie venait à tomber, ce n’est pas seulement un duché qui s’effondrerait, mais l’ensemble de la Pologne.
Écrite de nuit, sur les remparts enneigés, cette déclaration tient à la fois du journal de guerre, de l’acte d’accusation et du testament politique. Elle ne dit pas qui aura raison. Elle dit seulement comment chacun se voit, et combien, en cette guerre, les récits sont devenus des armes presque aussi tranchantes que les épées.
Etienne Berne pour l'AAP agence des terres au Milieu.