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09/09/1474 les tribulations de dame Naudéas en pays d'Arles
À Arles (AAP) - Où l'on verra que vieille chouette avisée finit par trouver le hibou à qui parler.
Or donc, mes bonnes gens, il était une fois une dame point sotte, ayant déjà usé ses jupons dans mainte mairie de par le royaume, qui vint s'installer à Arles avec son époux et deux compagnons de route, tout droit venus de Chambéry-en-Savoie, terre où, parole de dame, on ne communique pas plus qu'une carpe muette.
Premier jour, la vieille chouette, connaissant les rouages comme sa poche, se dit : "Pour le Codex, ce sera vite fait." Que nenni ! La voilà partie arpenter le dédale du Château comtal, montant, descendant, tournant sept fois dans le corridor avant de trouver enfin le précieux registre des lois, lequel, soit dit en passant, ne correspondait déjà plus tout à fait aux chemins indiqués sur les affiches de la gargote.
Deuxième surprise, et de taille : au bout d'une petite semaine à peine posée dans ses meubles, voilà notre dame sommée de payer l'impôt comtal ! Non que la bourse lui manquât, mais un petit mot d'accueil, cela n'aurait point mangé de pain. Que du silence. Quant à la mairie, coupable toute désignée de ce mutisme, on ne peut hélas lui jeter la pierre bien fort, la dame n'ayant pas encore eu le loisir de croiser sa maire, le tribun d'Arles, lui, semblait avoir élu domicile sous les oliviers, bercé par le chant des cigales, dans une sieste si profonde qu'aucune doléance ne fut jamais en mesure de l'en tirer.
Vint alors une demoiselle du Conseil, portant sous le bras la réponse officielle : le Conseil comtal siège au Château d'Aix, les comptes sont publiés chaque semaine, les lois sont rangées bien au chaud là -haut, et pour le reste on veut bien vous expliquer, venez donc chercher vous-même. Notre dame, qui espérait un mot clair plutôt qu'une nouvelle course au trésor, tourna les talons en haussant un sourcil, remerciant poliment mais sans grand enthousiasme, telle une aïeule qu'on prie d'aller consulter elle-même l'almanach plutôt qu'on lui en récite la page.
Mais c'était sans compter sur la Comtesse en personne. Dame Hersende, magnificence en chair et en os, courut rattraper notre chouette avant qu'elle ne s'envole définitivement, et lui expliqua, avec la patience d'une mère apprenant l'alphabet à son petit : la salle du Conseil est ouverte à tous, les comptes s'y affichent chaque semaine, on y voit passer colorants, céréales, salaires des mineurs, tout un inventaire de fourmi laborieuse, et le programme de mandat y fut dûment placardé dès le premier jour, avec mise à jour tous les quinze jours. Bref, la transparence existait bel et bien, simplement, il fallait, pour la voir, consentir à entrer dans la pièce plutôt que d'attendre qu'elle vînt frapper à sa porte.
Notre dame, apaisée mais pas tout à fait convaincue, fit sa révérence et expliqua à son tour, avec le bon sens d'une ancienne maire qui savait qu'écrire aux habitants prenait cinq minutes et évitait bien des malentendus : elle ne demandait pas la lune, juste qu'on prévînt les nouveaux venus avant qu'ils ne tombent des nues devant un impôt. Elle glissa au passage qu'elle avait bien vu le recrutement de maréchaux et de soldats inscrit au programme, mais là encore, silence clocher, pas un mot en gargote de sa province ni en halle de son village.
Et la Comtesse, fidèle au poste, revint alors avec le détail complet : l'impôt tombe toutes les quatre semaines, modeste, indispensable, car la mine d'or d'Aix, village clairsemé de 41 âmes, peine parfois même à couvrir le salaire de ses propres mineurs, d'où ces remerciements chaleureux à tous les Arlésiens montés piocher, et cette invitation à pousser jusqu'à Brignoles pour l'argile, pendant qu'on y est. Quant aux maréchaux, c'est la Prévôt qui recrute, deux par village en moyenne, poste ouvert à qui voudrait s'y essayer, quant aux soldats, on n'en recrute point à proprement parler, mais patience, la Défense civile viendra frapper à la porte des nouveaux arrivants une fois qu'ils auront pris racine.
Sur ce, notre dame, désormais fixée sur l'essentiel, sourit franchement et révéla le fin mot de sa venue : un projet de famille cher à son cœur, mené avec Sandino et Zé, autour d'un certain Foncet dont, visiblement, tout le monde en Provence commençait à avoir soupé qu'on lui en parlât. Elle rassura tout de même l'assemblée qu'elle avait déjà suffisamment donné en gardant une couronnée française du nom d'Armoria pour ne pas se précipiter vers maréchaussée ou soldatesque, mais que son épée, elle, resterait toujours fidèle au comté ou duché où elle poserait ses valises, Provence comprise. Et pour finir, en bonne ancienne édile qu'elle était, elle glissa une suggestion pleine de bon sens paysan : et si l'on imposait une ou deux journées de mine par semaine à chaque villageois, preuve à l'appui ? Ça ne mangeait pas de pain de le proposer.
Moralité de l'histoire, mes bonnes gens : entre un Château tortueux, une demoiselle qui renvoie aux archives, une Comtesse qui finit par tout expliquer de bonne grâce, et un tribun toujours endormi sous ses oliviers, la transparence, en Provence, existe bel et bien. Elle demande juste, parfois, qu'on vienne soi-même la secouer un peu pour la réveiller.
À lire : soyez la bienvenue en Provence !
Isadora Cancredi, commère professionnelle, pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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07/09/1474 madame Gascogne n'a même pas eu le temps de se recoiffer
À Mimizan (AAP) - Tambour battant et la plume dans le séant, l'Ordo Negrum Equites a pénétré Mimizan. Force est de constater que l'affaire fut aussi brève que silencieuse : le temps de vider une bourse, de couler une caraque et deux naves, et hop, on se rhabille en vitesse en se félicitant tout haut de sa prouesse comme ces amants pressés qui confondent la rapidité avec le talent et qui repartent avant même que la chandelle soit soufflée.
Madame Gascogne, elle, attendait sans doute un peu plus d'ardeur pour un événement qu'on nous vend comme historique. Trois mille écus dérobés à la mairie, deux navires au fond de l'eau : voilà , en somme, tout ce que peut produire une "chevauchée" quand elle ne dure que le temps d'un aller-retour sous le porche. On repartira fanfaron, on écrira des lettres pour raconter combien c'était grandiose, mais la belle, elle, restera sur sa faim, se demandant le jupon retroussé, un peu penaude, si elle a vraiment été conquise ou simplement chatouillée en passant.
Reste que la leçon, elle, est amère et bien réelle sous le vernis galant : une mairie qui laisse sa bourse sur la table de chevet, une flotte qui rétrécit navire après navire, des officiers qui commentent la déroute avec l'aplomb serein de qui n'a pas encore compris qu'on lui parle de sa propre maison mise à sac pendant qu'il dormait. On peut bien sourire de la brièveté de l'assaut, on ferait mieux, la prochaine fois, de fermer la porte à clé entre deux chevauchées, plutôt que de la laisser sur le loquet en se croyant irrésistiblement bien gardée.
À lire : Nous frapperons votre Royaume
Gaspard de la Goupille dit Gégé, pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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06/09/1474 a Venezia, il presidio dell'attesa
A Venezia (AAP) - Esistono città che sanno morire. Bruciano, gridano, si sente in lontananza il fragore delle loro campane, e questo, in fondo, è una consolazione, perché somiglia ancora a una fine. Venezia, invece, non sa morire. Ed è forse questo il suo vero tormento.
Ogni mattina le porte sono al loro posto. Le mura non si sono spostate di un dito durante la notte, come se montassero da sole una guardia che nessuno ha mai chiesto loro. I palazzi sono in piedi, docili, quasi affabili nella loro immobilità . Da qualche parte un funzionario intinge la penna e comincia una lettera che forse non finirà mai. Un altro, in una stanza vicina, attende una risposta che ha smesso da tempo di avere un senso. Un terzo sfoglia un registro dove i nomi si sono fissati come insetti nell'ambra. E sopra questi gesti minuscoli, il silenzio, quel silenzio particolare delle città troppo grandi per il numero di anime che contengono. Perché per quanto si cerchi, non si trovano in tutta la capitale che sessantuno abitanti. Sessantuno.
Bisognerebbe contarli due volte. Non per diffidenza, ma perché in un luogo simile un uomo che si assenta tre giorni basta a dare l'illusione che metà della città si sia dissolta nell'aria della sera. Eppure, non ci si inganni: Venezia non è indifesa. Ha anzi, a sua protezione, tre eserciti interi. Alle porte veglia Dies, The Revenge, agli ordini di Donpeppe, uomo di cui si immagina abbia finito per confondere il proprio volto con quello della muraglia che sorveglia. All'interno attende la Landsknecht Armee , Regina Oriente , comandata da Darklanace, in un cortile dove l'eco dei passi risuona più forte delle voci. E di nuovo alle porte, come un doppio inutile e rassicurante, si trova BLUTMOND , sotto Desdemona. Tre eserciti. Non si chiede loro di vincere. Non si chiede loro nemmeno di combattere. Si chiede loro soltanto di attendere, e questo, alla lunga, diventa un mestiere a sé stante, forse l'unico mestiere vero che sopravvive qui.
C'è in questa disposizione qualcosa che potrebbe quasi toccare il sublime: per ogni abitante, una frazione di esercito intero veglia, giorno e notte, senza riposo né vero avvicendamento. Ma contro chi? Ecco la domanda che nessuno, in questo paese di porte e sigilli, pensa più a porre a voce alta. Perché il nemico, qui, non sorge necessariamente dalle colline lontane. Può benissimo presentarsi con garbo, cappello in mano, e chiedere il permesso di entrare. Il passaggio stesso è diventato, a Venezia, un affare di Stato. I confini restano chiusi, e chiunque voglia varcare la soglia deve inoltrare la propria richiesta alle autorità competenti, e poi attendere.
Attendere: ecco l'unico verbo che questa città coniuga con certezza. Ventiquattro ore. Se, trascorso questo termine, non è giunta risposta alcuna, il silenzio stesso vale rifiuto. Curiosa giustizia, dove l'assenza di parola ha valore di sentenza. Lo straniero che si avvicina ai bastioni non trova dunque una città : trova un'anticamera. Alle sue spalle il mondo continua forse il suo movimento ordinario; davanti a lui, nulla si muove, nulla si muoverà , ed è proprio questa immobilità a somigliare tanto a una minaccia.
E allora si attende. I soldati attendono sui merli, i magistrati attendono nei loro uffici tappezzati di fascicoli ingialliti, gli eserciti attendono senza nemmeno sapere cosa attendono. E da qualche parte, nelle alte sale del potere, potrebbe darsi che qualcuno attenda, a sua volta, che un altro si decida finalmente a decidere. Così i giorni scorrono, identici, levigati come ciottoli dallo stesso gesto ripetuto. E la Repubblica, tuttavia, continua a esistere, con un'applicazione quasi soprannaturale, come quegli orologi di cattedrale che suonano ancora l'ora molto tempo dopo che gli ultimi fedeli hanno lasciato la navata.
Il consiglio, dal canto suo, non vacilla. Il conte Aldobrando siede ancora al proprio posto, immutabile. Oriente è là . Donnaginestra veglia sul commercio, Amantir sulla giustizia, Fressen sulle finanze, Darklanace sulla procura, Uggya sulle miniere, Lutetiae sulla parola pubblica. La macchina gira ancora, tutti gli ingranaggi al loro posto, con quel rumore sordo e regolare dei meccanismi che si è dimenticato di fermare. Ma si tenda l'orecchio ai corridoi, e si scopre che alcune porte si aprono su un silenzio più vecchio degli altri, un silenzio quasi geologico.
L'ufficio degli alti dignitari, questo sì, ha ancora parlato il 6 settembre, un'eternità recente. La diplomazia taceva dal 28 agosto. Il portavoce, dal 22. Le miniere non dicevano più nulla dal 31 luglio. I giuramenti dei sindaci risalivano al 12 luglio. L'araldica si era addormentata il 21 giugno. E i decreti, i decreti stessi, questi testi destinati a dettare il movimento del mondo, avevano reso il loro ultimo respiro il 27 aprile, come un vecchio che chiude gli occhi a metà di una frase incompiuta.
Bisogna scendere ancora più in basso per toccare il fondo vero del silenzio. L'ufficio di assistenza ai cittadini risale a giugno 1474. La procura, ad agosto 1473. Il Palazzo di Giustizia, a gennaio 1472. E le leggi stesse, le leggi che ancora, in teoria, reggono la vita di questa città , portano la data di un'ultima parola pronunciata nel maggio 1471. Si sarebbe quasi tentati di credere che i morti, qui, continuino a occupare le proprie cariche con uno zelo che i vivi non hanno più. Ma sarebbe un'offesa fatta ai morti: essi, almeno, hanno smesso di pretendere di attendere qualcosa. A Venezia, tutti attendono ancora. È diventato, più di un'abitudine, un modo di essere al mondo, forse l'unico che resti possibile.
Si attende il nemico che non viene. Si attende il messaggero che non arriva mai del tutto. Si attende il permesso, la risposta, la decisione successiva. Si attende che i confini si aprano, e un istante dopo si attende che restino chiusi. Si attende che gli eserciti partano, poi si attende che tornino, senza sapere bene se siano mai partiti. E quando nulla, assolutamente nulla accade, ciascuno trova in questo nulla una sorta di conforto: almeno, ci si dice, nulla è accaduto. È così che gli anni, a forza di non portare nulla, finiscono per solidificarsi in mura più alte delle prime. La capitale non è più soltanto cinta di pietra: è cinta di decreti antichi, di procedure, di precauzioni inutili e di sentinelle fedeli a ordini che nessuno ricorda più di aver impartito. Perfino la morte, in un luogo simile, non basta a porre fine all'attesa: il decreto prevede ancora che un uomo morto in combattimento, se ha violato qualche disposizione, possa essere sottoposto a processo e a condanna postumi, come se la giustizia stessa rifiutasse di lasciar andare chicchessia senza un ultimo modulo.
Bisogna, nonostante tutto, riconoscere a Venezia una costanza ammirevole: qui, perfino i morti possono ancora essere citati a comparire.
Scende la sera, uguale a tutte le altre sere. I tre eserciti restano immobili al proprio posto. I soldati guardano le strade vuote con quell'attenzione particolare che si riserva alle cose di cui si sa, in fondo, che non verranno. Le porte restano chiuse. Nelle case, quarantasei abitanti proseguono le loro occupazioni minuscole e necessarie. Forse un mercante abbassa la saracinesca della sua bottega. Forse un uomo torna a casa con un passo che nessuno sente. Forse una donna, alla finestra, guarda scendere la notte sui tetti, senza sapere bene cosa speri di vedervi apparire. E forse, molto lontano, su una strada che nessuno sguardo può più distinguere, qualcosa finalmente si avvicina.
Un esercito. Un messaggero. Uno straniero portatore di una notizia. O nulla.
Ed è quest'ultima parola, tra tutte, la più terribile. Perché a forza di attendere, non si sa più bene se Venezia tenga le sue porte chiuse per impedire che qualcosa entri, o per impedire che coloro che ancora vivono al suo interno scoprano che non c'è più nulla, fuori, da attendere.
Domani mattina, tuttavia, le sentinelle riprenderanno il loro posto, come sempre. I tre eserciti saranno ancora là . I quarantasei abitanti pure, uguali a se stessi. Qualcuno, da qualche parte, formulerà forse una richiesta di passaggio. Qualcuno la esaminerà con la serietà che si riserva agli affari di Stato. Qualcuno attenderà la risposta. E Venezia, fedele alla propria natura profonda, continuerà a non fare nulla — con una pazienza ammirevole, con una disciplina perfetta, con quella particolare ostinazione dei luoghi dove il tempo, a forza di non servire a nulla, ha finito per diventarne l'unico e vero carceriere.
Leggi anche : Serenissima Repubblica di Venezia
Dino per la KAP, Agenzia della Terra in Mezzo
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05/09/1474 Ecclesia Animarum Custos
À Genève (AAP) - La critique de l’organisation de l’Église aristotélicienne, récemment publiée dans nos colonnes, n’est pas restée sans réponse.
À lire Ecclesia Sedem Tenens
Le propos avait notamment interrogé la multiplication des charges, des nominations, des juridictions et des dignités ecclésiastiques, jusqu’à suggérer que l’institution semblait parfois davantage préoccupée de tenir les places que de remplir les âmes. Le Cardinal Doyen du Sacré Collège, Francesco Maria Sforza, a souhaité répondre à cette lecture.
Sous le titre Ecclesia Animarum Custos , le prélat défend une conception radicalement différente de cette architecture institutionnelle. Selon lui, les titres, les sceaux, les chancelleries et les juridictions ne constituent pas les ornements d'une puissance temporelle, mais les instruments destinés à garantir la continuité de la Foi, la validité des Sacrements et la légitimité de la charge pastorale.
Le Cardinal reconnaît toutefois une difficulté que l'Église ne cherche pas à dissimuler : la crise des vocations et l'impossibilité de maintenir partout une présence cléricale aussi dense qu'elle le souhaiterait. Mais plutôt que d'y voir le symptôme d'une institution occupée à administrer ses propres sièges, le prélat y voit un appel à de nouvelles vocations. Il invite ainsi les fidèles désireux de servir le Très-Haut à se manifester et à entreprendre un véritable parcours de formation spirituelle et doctrinale.
Une réponse qui oppose donc à la critique de l'Église des places celle d'une Église gardienne des âmes, et qui rappelle que, derrière la forêt des décrets et des dignités, l'institution affirme ne poursuivre qu'une seule finalité : le salut des fidèles, la Justice et la Paix. La KAP publie intégralement ce droit de réponse afin que chacun puisse juger sur pièces et confronter les deux conceptions de l'Église.
À lire ici : Ecclesia Animarum Custos, réponse du Cardinal Doyen Francesco Maria Sforza.
iZaac pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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03/09/1474 en Anjou, Le Pas d’Armes entre dans le vif du sujet
À Saumur (AAP) - Il y a des jours où l’on comprend pourquoi les Angevins ont inventé les procès, les armées et probablement les tavernes : il faut bien pouvoir se remettre de ce qui arrive sur les champs de bataille.
À lire : Aujourd'hui, en chemin, vous avez croisé l'armée « Ita diis placuit »
Le Pas d’Armes de l’Archiduché, annoncé à grand renfort de fanfares, d’armures, de vieilles rancunes et de promesses d’écus, avait jusqu’ici quelque chose de bon enfant. On s’inscrivait, on plaisantait, on faisait mine de ne pas avoir peur et chacun se préparait à expliquer à son voisin que, cette fois, il allait voir ce qu’il allait voir. À Saumur, il semble qu’on ait désormais vu. Et que ce soit surtout Saumur qui ait vu.
Les premières escarmouches viennent en effet de rappeler une vérité ancienne : dans un Pas d’Armes, le mot « armes » n'est pas uniquement décoratif. Anaon, fraîchement revenue du champ de bataille avec la satisfaction modeste d’une personne qui a découvert qu’elle était encore vivante, s’est ainsi enquise publiquement de savoir si Saumur venait de « se faire démolir le uc ». La formulation, certes peu académique, présente au moins l’avantage de la clarté. La réponse semble être : oui, quelque peu.
Mais que les amateurs de catastrophes militaires se rassurent : Anaon n’est pas morte. Elle nous prie de considérer cela comme un miracle. Dans une province où l’on transforme volontiers chaque escarmouche en épopée et chaque blessure en récit héroïque, il faudra donc ajouter le miracle au bilan officiel. Pendant ce temps, Giorgio découvre la solidarité angevine
L’un des premiers épisodes véritablement remarquables de cette campagne concerne toutefois Giorgio Voli. Le malheureux a croisé la route de la Rouquine. Il en gardera, selon les premières informations disponibles, un souvenir durable. À l'heure où les honnêtes gens dorment encore et que les soldats raisonnables devraient probablement en faire autant, Giorgio a engagé le combat contre l’armée Ita diis placuit , commandée par Euphrosyne. Résultat des opérations : Giorgio a été grièvement blessé , son arme a été détruite, et le brave Italien se retrouve avec dix jours d’indisponibilité.
On notera que l’ennemi ne s’est pas contenté de lui faire les poches : il lui a également pris son arme, sa santé et, probablement, une certaine confiance dans la Providence. Eireen, qui connaît manifestement la valeur d’un bon compte rendu militaire, a résumé l’affaire avec une délicatesse toute angevine : « Giorgio n'a pas aimé se faire faire les poches par la Rouquine. » Voilà qui devrait figurer dans les annales de la guerre.
Les choses sérieuses ont commencé. Jusqu’à présent, le Pas d’Armes pouvait encore passer pour une aimable réunion de gens en armure venus échanger quelques coups, quelques écus et beaucoup de vantardises. Ce n’est désormais plus tout à fait le cas. Les armées se rencontrent. Les armes cassent. Les hommes tombent. Les jours d’indisponibilité s’accumulent. C’est précisément à cet instant que l’Anjou devient intéressant.
Car ce petit duché de quelque cent vingt âmes, coincé au cœur de la France et toujours plus nombreux à expliquer aux provinces voisines comment elles devraient se tenir, possède une curieuse aptitude à transformer une fête en affaire d’État, une querelle en guerre et une guerre en occasion de se chamailler entre soi. Il fallait donc s’attendre à ce que le Pas d’Armes finisse par produire quelques résultats. Le premier est désormais acquis : Giorgio ne combattra pas pendant dix jours.
Le second reste à déterminer : qui sera le prochain à rencontrer la Rouquine ? Les paris sont ouverts. Enfin, façon de parler. En Anjou, les paris ont ceci de particulier qu’ils finissent généralement par coûter plus cher que prévu. La campagne ne fait donc que commencer. Et si les premiers coups ont déjà laissé quelques traces, il serait imprudent de croire que les derniers seront les moins douloureux.
Les choses sérieuses ont commencé. À Saumur, on a déjà commencé à compter les blessés. À Angers, on compte probablement encore les écus. Et quelque part, un Angevins prépare certainement une explication démontrant que tout cela était parfaitement prévu. C’est aussi cela, le Pas d’Armes.
À lire : en Anjou, quand les baffes deviennent patrimoine culturel
Domitille Rosépine pour l'AAP agence des Terres au Milieu
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale
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