Genève (AAP) - Il est devenu commun, lorsque les tribunaux d’une province se montrent actifs et que les prisons se remplissent, d’entendre certains citoyens se lamenter, accusant la Justice d’excès, de rigueur ou de persécution, et proclamant qu’« on ne peut plus vivre ainsi », comme si la contrariété était en soi une injustice.
Or cette plainte continuelle est le plus pauvre des recours, et le moins digne d’un personnage vivant dans un monde régi par le conflit, l’ambition et la force des volontés.
Car il faut rappeler ceci : la difficulté n’est pas une faute du monde, mais sa nature même. Nul État, nul royaume, nul ordre politique n’a jamais été exempt de tensions, de procès, de prisons ou d’adversité. Celui qui voudrait une existence sans heurt ne cherche pas à vivre en société, mais à se retirer hors du monde.
À ceux donc qui se plaignent du grand nombre de procédures judiciaires, il faut opposer une vérité simple : lorsque la Justice se multiplie, les choix politiques se multiplient aussi.
Premièrement, là où beaucoup sont traduits en justice, il y a nécessairement beaucoup d’hommes et de femmes partageant un même mécontentement. Or la multitude est déjà une force. Rassembler les condamnés, les menacés, les poursuivis, c’est former non un chœur de lamentations, mais une puissance collective. Avec un tel nombre, il est loisible de lever une armée, de renverser un conseil provincial, ou d’imposer un nouvel ordre par la force des armes ou de la politique.
Secondement, là où la loi d’une province devient hostile, il existe la voie de la sécession territoriale. Prendre une ville, la soustraire à l’autorité existante, et la placer sous un autre régime, fût-ce en la déclarant ville franche, est un acte risqué, certes, mais conforme à l’esprit du temps. Qui fuit la loi sans agir est un lâche ; qui la fuit en conquérant est un acteur politique.
Troisièmement, la prison elle-même n’est pas une fin, mais une épreuve. Le temps d’enfermement est limité, connu, mesuré. Dix jours de captivité sur quarante-cinq ne sauraient être présentés comme une exclusion définitive de la vie publique. Celui qui sort de prison peut en ressortir affaibli ou renforcé, auréolé de ressentiment légitime, prêt à transformer sa peine en roman.
Se plaindre que « l’on ne peut plus vivre ainsi » revient à confondre le confort avec le sens. La vie en société n’est pas fait pour garantir la tranquillité, mais pour offrir des possibilités de réaction. Refuser ces possibilités pour réclamer un monde sans contraintes, c’est demander un théâtre sans conflit et une politique sans opposition.
Il est aisé de gémir ; il est plus difficile d’agir. Pourtant, tout est donné à celui qui veut agir : alliances, complots, révoltes, exils, reconquêtes, réformes ou destructions. La solitude n’ôte rien, sinon l’illusion qu’on doit toujours être gagnant.
Que les condamnés cessent donc de se présenter comme victimes sans recours. Ils ne sont pas privés de moyens, mais seulement sommés de choisir : se soumettre, se transformer, ou combattre. La plainte n’est pas une stratégie ; elle n’est qu’un aveu d’impuissance volontaire.
Et s’il est vrai que la Justice peut être dure, il est tout aussi vrai que le monde appartient à ceux qui répondent à la contrainte par l’invention, non à ceux qui demandent qu’on la supprime.
À Rawa, duché de Mazovie (AAP) - Alors que l’hiver resserre son étreinte autour des murailles et que la neige étouffe les bruits du monde, une voix s’est élevée depuis les remparts de Rawa. Celle d’Adéla Rakowska herbu Korab, connue parmi les siens sous le nom de l’Iron Rat, soldate, stratège et figure centrale de la résistance mazovienne.
Dans un long témoignage livré depuis les murs mêmes de la capitale assiégée, Rakowska décrit une guerre d’attente et de veille, faite de patience, de froid et de regards jetés sur les feux ennemis. Elle y oppose deux camps irréconciliables : d’un côté, Mazovie et ceux qui, selon elle, défendent leur terre et leur communauté ; de l’autre, une coalition composite mêlant principautés polonaises rivales et armées étrangères, accusées de mensonge, de propagande et d’ingérence.
L’Iron Rat se présente longuement, retraçant un parcours singulier entre terres bohémiennes et mazoviennes. Fille d’un noble Rakowski et d’une mère tchèque, ancienne maire de Rawa et conseillère du duché, elle revendique avant tout une légitimité forgée par l’épée. Elle rappelle son rôle dans les combats contre l’Alliance de l’Égide, la défense du duché de Cracovie par le passé, puis la conquête de Brno aux côtés de Kalitche de Slavkov, épisode qu’elle décrit comme une libération face à des dirigeants qualifiés de despotiques.
Mais au-delà de l’autobiographie guerrière, le cœur de son propos est ailleurs. Rakowska affirme ne pas croire aux récits simplifiés d’un conflit né d’un seul acte ou d’un seul responsable. Elle parle au contraire de vieilles rancunes, de querelles familiales, d’ego blessés et d’ambitions personnelles ayant lentement fermenté jusqu’à l’explosion actuelle. Elle vise nommément Fenomena Ścibor, dirigeante de Cracovie, à qui elle prête une haine ancienne envers la famille Rakowski, transformée selon elle en politique d’État. Elle évoque aussi la “reine de Pologne”, figure qu’elle juge imposée, dépourvue d’autorité réelle en Mazovie, et entourée de conseillers plus habiles à manier la parole que la responsabilité.
Rakowska replace enfin l’origine effective de la guerre dans une suite d’actions maritimes et militaires : pillage de ports, destruction de navires, incursions armées en territoire mazovien. Des actes qu’elle qualifie de déclaration de guerre de fait, bien avant les proclamations et les appels à l’unité aujourd’hui invoqués par ses adversaires.
Mais c’est dans sa conclusion que le témoignage frappe le plus. L’Iron Rat confesse ne ressentir ni haine ni fureur sacrée, seulement un mépris froid. Elle dit regretter l’absence d’un ennemi qu’elle pourrait respecter, d’une guerre franche où l’honneur serait partagé. À ses yeux, le conflit actuel oppose non des idéaux, mais des combattants mus par la rancune, la manipulation et le mensonge. Et elle prévient : si Mazovie venait à tomber, ce n’est pas seulement un duché qui s’effondrerait, mais l’ensemble de la Pologne.
Écrite de nuit, sur les remparts enneigés, cette déclaration tient à la fois du journal de guerre, de l’acte d’accusation et du testament politique. Elle ne dit pas qui aura raison. Elle dit seulement comment chacun se voit, et combien, en cette guerre, les récits sont devenus des armes presque aussi tranchantes que les épées.
Etienne Berne pour l'AAP agence des terres au Milieu.
06/01/1474Tra sigilli e proclami: la crisi catalana vista da fuori
Barcellona (AAP) - Osservata da lontano, la crisi istituzionale che scuote il Principato di Catalogna potrebbe sembrare una svolta storica, l’annuncio di una frattura profonda nel cuore della Penisola Iberica. A uno sguardo più attento, essa appare piuttosto come una tempesta in un bicchier d’acqua, confinata nei salotti ovattati di un’élite politica che si conosce troppo bene per spezzarsi e troppo poco per accordarsi senza clamore.
Dopo le elezioni del dicembre 1474, vinte da Catalunya Viva, le istituzioni catalane si agitano, comunicano, protestano e si convocano. Il rifiuto dell’opposizione di entrare nel governo, il mantenimento di misure d’eccezione, le dispute sulle competenze della Cancelleria, del Tribunale delle Appellazioni o della Casa principesca hanno alimentato una sequenza di dichiarazioni solenni, accuratamente redatte, largamente sigillate e a lungo commentate.
Sul piano sostanziale, tuttavia, nulla è realmente vacillato. Nessuna sollevazione, nessuna rottura militare, nessuna disobbedienza aperta. Le frontiere restano chiuse, l’ordine è mantenuto e i protagonisti continuano a osservarsi con la diffidenza educata di cani che si annusano senza mai mordere. Ognuno scruta il pergameno dell’altro, alla ricerca di un vizio di forma, di una competenza mal delimitata o di un precedente utile.
Su scala internazionale, questa agitazione non contrasta affatto con ciò che accade nel resto dell’Aristotlità, ormai sempre più simile a un mare agitato da continue tempeste di drammi da regine offese. L’intera Aristotelità vive al ritmo di proclamazioni solenni, crisi annunciate e indignazioni rituali, dove il conflitto è spesso più dichiarato che combattuto.
In questo panorama, la Lusitania rappresenta l’eccezione, non la regola: là, le divergenze politiche si risolvono ancora con la spada, senza lunghi comunicati né richiami cerimoniali alle antiche consuetudini. Altrove, e in Catalogna come altrove, il conflitto è per lo più messo in scena, recitato davanti a pergameni e sigilli, più che affrontato sul terreno.
Gli appelli alla gravità storica faticano così a convincere al di fuori delle mura di Barcellona. Ciò che viene presentato come una crisi di regime assomiglia piuttosto a un castello di carte istituzionale, minacciato meno dalla sovversione che dall’eccesso di prudenza, di formalismo e di rivalità personali. Si invoca la Storia, si teme il precedente del 1465, ma ci si vieta qualsiasi gesto decisivo.
In mancanza di uno scontro reale, alcuni già invocano di “rovesciare il tavolo”: non per gusto del caos, ma per uscire da un immobilismo teatrale. Alzare stendardi o gettare il guanto sarebbe, a loro avviso, più onesto che prolungare all’infinito questo balletto di proteste ovattate tra persone di alto lignaggio.
Per ora, tuttavia, nulla lascia presagire una rottura. Il dissidio catalano resta un conflitto di penna più che di ferro, uno scontro di legittimità astratte in un mondo in cui, altrove, gli Stati si fanno e si disfano nel sangue. Visto dall’esterno, la Catalogna non vacilla: esita, si osserva e si misura, prigioniera delle proprie procedure.
Resta da capire se questa crisi resterà ciò che è oggi, un’agitazione di corte, oppure se uno degli attori oserà trasformare il mormorio in atto.
Pinocchio per la KAP, agenzia della terra in Mezzo
À Cracovie (AAP) - Il fallait y penser. Là où d’autres voient dans la peine capitale une fin brutale, certains esprits ingénieux y ont reconnu un commencement économique. La corde, bien employée, ne met pas seulement un terme aux désordres : elle ouvre des débouchés.
Le principe est désormais bien établi dans les chancelleries locales. Toute condamnation à mort entraîne, après l’inévitable passage par l’échafaud, une résurrection réglementaire. Le condamné revient parmi les vivants, certes, mais dépouillé de ce qui fait l’ornement de l’âme publique : un charisme réduit à néant, comme un champ après la gelée.
C’est ici qu’intervient la sagesse agricole. Les docteurs de l’ordre moral ont observé qu’un tel déficit ne se comble ni par les discours ni par les prières, mais par une discipline plus terre à terre : la consommation journalière et assidue de fruits et de légumes. Poireaux, navets, choux et pommes, pris avec constance, permettraient de restaurer peu à peu la grâce sociale du ressuscité. La vertu, ici, se mâche.
Le calcul est limpide. Chaque pendaison promet des semaines, parfois des mois, d’ingestion obligée de denrées du cru. Les maraîchers voient leurs étals se vider, les vergers trouvent preneurs, et la justice, en frappant fort, assure la prospérité des campagnes. La corde nourrit le champ, le champ nourrit l’homme, et l’homme, lentement, redevient fréquentable.
Les autorités se félicitent de cette harmonie nouvelle entre potence et potager. « La peine est exemplaire, la résurrection édifiante, et la soupe obligatoire », résume un officier de justice, qui précise que le régime végétal favorise en outre la méditation et la modestie.
Certains esprits chagrins objectent que l’humanisme ainsi pratiqué sent un peu la terre fraîchement retournée. Mais on leur répond, imperturbable, qu’il vaut mieux une rédemption à coups de racines qu’une insolence nourrie de viande et de vin.
En cette nouvelle année, la justice ne se contente plus de trancher. Elle cultive. Et dans les duchés éclairés, on l’affirme sans détour : jamais les choux n’auront autant profité des pendus.
04/01/1474Genève, capitale mondiale des congrès invisibles
À Genève (AAP) - L'agence des terres au Milieu de la KAP souhaite à ses lecteurs une bonne et heureuse année 1474, pleine de santé, de chaleur humaine et, si possible, de moins de sermons et de plus de bon sens. L’année commence comme la précédente s’est achevée : dans le froid, la disette d’écus et une agitation intellectuelle qui, à Genève, ne gèle jamais vraiment.
À peine les cloches du nouvel an tues qu’une affaire a commencé à faire jaser, non pas dans les palais, mais sur les murs. Fin décembre, des placards ont fleuri en ville, annonçant la tenue d’un grand congrès international de « compagnons et compagnonnes », censé s’être réuni à Genève du 18 au 22 du mois dernier. Délégués venus de France, du Saint-Empire, d’Italie, de provinces innombrables et de villes à foison : à lire le texte, Genève aurait accueilli une foule telle qu’il aurait fallu coucher les participants sur les toits.
Curieusement, personne n’a rien vu. Ni aubergistes débordés, ni salles pleines, ni rues encombrées de conspirateurs. Les autorités, pourtant peu réputées pour leur cécité, n’ont relevé aucune trace d’un tel rassemblement. Conclusion qui s’impose d’elle-même : le congrès a surtout eu lieu sur le papier.
Cela n’enlève rien au zèle des rédacteurs du manifeste. Le texte, long et véhément, s’en prend à peu près à tout ce qui porte une autorité : l’État, l’aristocratie, la politique électorale, les hiérarchies religieuses, et même ceux qui prétendent gouverner au nom du Très-Haut. On y proclame la fondation d’une Association internationale, vouée à détruire l’ordre social existant « par tous les moyens nécessaires ». Lesquels ne sont pas détaillés, car, précisent les auteurs avec une franchise désarmante, ce genre de choses ne se dit pas publiquement.
Derrière cette Internationale aux contours grandioses se cacherait une réalité plus modeste : un petit groupe lyonnais, cinq personnes tout au plus, ayant décidé de faire passer une poignée de conjurés pour une vaste coalition européenne. Pour donner corps à l’illusion, une certaine Ernestine Bontemps aurait été envoyée à Genève, chargée d’afficher les textes et de se poser en bureau international à elle seule, sous le nom de Tisiphone. Une Internationale réduite à une plume, un pot de colle et une chambre d’auberge.
Le calcul n’est pas idiot. Genève a la réputation d’être une ville remuante, habituée aux idées dangereuses et aux visiteurs encombrants. Faire croire que tout part d’ici permet de brouiller les pistes, de déplacer les soupçons et de gagner du temps. Pendant que les autorités françaises et helvétiques se demanderont qui a vu quoi, où et quand, les auteurs espèrent recruter, correspondre et peut-être passer à autre chose que des proclamations.
Pour l’heure, les autorités observent. Pas de rafles, pas de coups d’éclat, mais une attention soutenue. À Genève, on sait qu’entre un manifeste et une action, il y a souvent un gouffre mais parfois aussi un pont.
Reste à voir si cette agitation restera une affaire de papier et de beaux mots, ou si l’année 1474 verra ces compagnons passer du verbe aux actes. En attendant des résultats, on parle beaucoup, on soupçonne un peu, et on affiche énormément. Ce qui, pour un début d’année, n’a rien de très nouveau.