Bordeaux (AAP) - Il y a une semaine, le Conseil de Guyenne élisait son régent. Rien d'anormal jusque-là, me direz-vous, mais cette élection ne fut pas des plus normales. En effet, le conseil est partagé - six membres de la faction Guyenne Rayonnante Innovante Laborieuse et Luxuriante (GRILL), et six de la faction 50 Nuances de Guyenne (50NG). Finalement, c'est Nours, la tête de liste de GRILL qui fut élu à la suite d'un oubli de vote d'un des membres de la liste 50 NG.
Cependant, le 20 octobre, une annonce royale fut postée dans la gargote guyennaise. Signée le 16 octobre, la Reyne Inès exprime le souhait que, malgré qu'un duc sortant n'y soit pas contraint, Nours renouvelle son hommage à la Couronne au Louvre. Cela témoigne d'une confiance - ouvertement assumée - fragile et incertaine de la part de la souveraine. Qu'aurait fait Nours pour ne pas avoir la confiance de son monarque ? L'histoire remonte à plusieurs mois...
Une première altercation entre les membres de GRILL et la Couronne a lieu lors de la cérémonie des hommages du ban de l'Île-de-France le 6 juillet 1474, où la Reyne refuse l'hommage de Chimera, femme tempétueuse du alors-duc Nours, baronne en Ile-de-France par le biais de l'entité héraldique et actuel conseiller de Guyenne. La Reyne reproche à son ex-vassale de manquer de respect envers les institutions du royaume et de ne pas se comporter avec la dignité d'un noble de France, en particulier lors de ses discussions avec divers membres de 50NG.
Ensuite, peu après son accession au trône ducal, Nours se saisit de la Pairie de France afin de demander le refus du fief de retraite de la régente sortante Missanges (membre alors de 50NG), sous prétexte qu'elle ait dégradé la situation économique du duché ainsi qu'en avoir mis la sécurité en jeu par des ratés juridiques et militaires, sur le fond d'une gestion humaine de nature à générer des conflits au sein du conseil que plusieurs officiers royaux auraient constatée. La demande fut refusée après enquête des Pairs de France qui ont jugé que son mandat, si elle fut bien marquée par diverses difficultés, ne relevait pas de la mise en danger du duché ni à un manquement aux devoirs ducaux. Puis, à la mi-août 1474, c'est au tour de Sybille, tête de liste de 50NG et actuelle commissaire au commerce de Guyenne, de saisir la Pairie pour la même raison : retirer le fief de retraite de Nours, sous prétexte cette fois d'avoir manqué de respect à la Couronne et au Dauphin de France. Une affaire de famille donc : Sybille est la femme dudit Dauphin, et filleule de la Reyne.
L'enquête des Pairs, cette fois, ne sera pas habituelle. Elle démarre le 18 aout 1474, sera prolongée le 2 septembre, puis, bien au-delà de la limite des 14 jours renouvelables, la couronne annonce le 30 septembre avoir assigné de nouveaux Pairs à l'enquête, prolongée à nouveau. Parallèlement, le régent de Guyenne tente d'inviter la Reyne, la Reine d'Armes de France Montjoye, et le président du palais pour une médiation au sujet de la destitution de sa femme. L'entrevue avait été proposée par le Grand-Maître de France d'alors, Actarius et le dossier suivi par son remplaçant. Un accord avait été trouvé pour que l'entrevue ait lieu à huis clos, au pavillon Jean des Vignes à Bordeaux. Cependant, que ce soit par cafouillage organisationnel ou simple lubie royale, la Reyne s'est installée au palais de l'Ombrière, surement plus confortable. Lorsque le régent de Guyenne préfère rester au lieu convenu, elle fait publier une lettre publique pour informer de sa présence, transformant ainsi une entrevue privée en convocation, qui reste sans réponse ducale, ce qui envenime la situation d'avantage.
Finalement, le jugement de l'enquête sera rendu le 11 octobre : non-mise en danger de la Guyenne, mais la Pairie trouve le comportement du régent vis-à-vis de certains autres nobles guyennais à la peau délicate limite, reconnaissant cependant le climat politique charge en Guyenne et encourageant à chacun de tenter de comprendre le point de vue de l'autre avant de l'invectiver. Elle accorde que Nours peut se voir octroyer un fief de retraite.
Dans la foulée, et en désaccord avec l'enquête de le Pairie, la Reyne sévit. Par le biais d'une nouvelle annonce royale publiée le 12 octobre, le lendemain du rapport de la Pairie, la Reyne brandit fièrement un courrier en date du 12 aout, adressée à Monjoye de la part du régent Nours alors en plein quiproquo conciliatoire. Si l'on peut outrepasser le caractère relativement grossier d'exposer la correspondance privée des autres via une annonce à portée nationale, sa Majesté pointe l'attitude combative du duc dans sa quête de faire restaurer le fief de sa femme par recours à l'Hérauderie. Elle l'accuse d'user de sa position de régent pour appuyer sa demande, qui ne concerne d'ailleurs que la Reyne et son ex-vassale. La punition ? Nours se voit refuser son fief de retraite, retirer son fief en Ile-de-France, ainsi que sa charge de tutelle du fils de sa femme et Sa Grandeur feu Cornelius de Leffe, paix à son âme. L'enfant retourne donc au domaine royal, loin de la Guyenne et de sa mère. La chronologie des évènements donne la désagréable impression que la Reyne souhaitait depuis le départ punir le duc guyennais, que ce soit appuyée par la Pairie de France ou non.
C'est donc dans ce contexte particulier que la Reyne demande que le régent Nours lui présente ses hommages. Un homme qui a vu toute son œuvre politique remis en cause, qui a vu sa femme perdre ses terres, la tutelle de ses propres enfants et le droit d'administrer sa propre famille sur les ordres du monarque auquel il doit prêter allégeance, et qui lui demande maintenant de courber l’échine - mais aussi de tourner la joue aux attaques politiques de bas-niveau qui ont pu secouer la Guyenne ces derniers mois lors des débats entre sa propre liste et la liste de l'épouse du Dauphin de France. On se demande si, à son âge, il est encore assez flexible pour ce faire, et si sa majesté la Reyne sera assez gracieuse pour l'accepter.
Et les Guyennais, dans tout ça ? Entre gens introduits, les affaires se traitent à mots couverts. Côté cour, on connaît les griefs, côté jardin, on maîtrise les sous-entendus. Les uns savent pourquoi les autres savent, et les autres savent que les uns savent. Une gouvernance exemplaire, en somme, pourvu qu'on ait les bonnes entrées. Mais une question se pose : et si le commun des mortels n'était pas au courant ?
Le sujet ordinaire n'a pas forcément assisté aux conciliabules, ne connaît pas les querelles de couloir et ne sait pas lire entre les lignes quand personne ne prend la peine d'écrire le texte. Il voit des décisions, des démissions, des taxes et des tensions. Il aimerait simplement comprendre comment tout cela s'emboîte.
Car publier un communiqué n'est pas expliquer une crise, et tenir les initiés informés ne revient pas à informer le peuple. En Guyenne, le secret est parfois si bien partagé qu'il finit par passer pour une information publique.
Ladzserus & Glaber, pour l'AAP, agence de France.
A lire :
06/07/74 - Le refus d'hommages de Chimera
10/08/74 - Saisie de la Pairie par Sybille
02/09/74 - Première prolongation
30/09/74 - Remplacement des Pairs
11/10/74 - Rapport d'enquete de la Pairie
12/10/74 - Annonce de la Reyne
20/10/74 - Invitation aux hommages de Nours
* * * * * * *
Article validé par Ladzserus, Rédacteur en Chef de la KAP France.
Vous voulez un droit de réponse RP ? Rendez-vous à l'accueil de l'AAP
Vous voulez signaler une infraction à la Charte KAP auprès du collège des Rédacteurs en Chef ? Rendez-vous au siège international de la KAP
* * * * * * *