
Guarda (AAP) - Le Portugal compte quatre prétendants au trône. Reste à savoir s’il y aura réellement quelqu’un à départager. Le premier tour s’achève dimanche et, pour l’instant, Gregorio Fernandez est le seul candidat disposant des fonds nécessaires. Si Kokkas, Natt et Jull.ie ne réunissent pas les leurs, Gregorio sera automatiquement élu. Son discours tient toujours en deux mots: « Em breve… », autrement dit « Bientôt… ». Peut-être parlait-il de la couronne.
Natt et Jull.ie n’ont encore publié aucun message. Kokkas, lui, a profité de l’occasion pour parler de Justice, d’astres, de miracles et de personnes auxquelles tout réussit avec une régularité extraordinaire. Un discours assez divertissant pour qui sait lire et possède un peu de mémoire.
« Ce n’est peut-être qu’une coïncidence », répète-t-il.
À la troisième coïncidence, on commence à comprendre que le candidat invite le lecteur à mettre des noms.
La première image mérite qu’on s’y arrête: une Justice qui aurait remplacé sa balance par une boussole. La différence est importante. La balance oblige à peser les faits ; la boussole sait déjà dans quelle direction pointer. Dans la Justice décrite par Kokkas, les événements peuvent varier autant qu’ils le souhaitent, puisque le nord ne bouge pas. Une organisation admirable: on gagne beaucoup de temps lorsque la conclusion est arrêtée avant l’ouverture du dossier.
Viennent ensuite les chanceux. Tandis que certains trébuchent sur les procès et les malheurs, d’autres naviguent sur des mers éternellement calmes, protégés par des vents qui ne leur sont jamais contraires. Kokkas doute que cette répartition de la fortune puisse toujours s’expliquer par le mérite. Lorsque les miracles favorisent pendant des années les mêmes noms, suggère-t-il, il serait peut-être utile d’étudier qui les organise.
La fortune, apparemment, connaît personnellement ses bénéficiaires.
L’article « Qu’est-ce qu’un tyran ? », publié par la KAP internationale le 27 septembre, tombe ici à point nommé. Parmi les pratiques qu’il examine figure le gouvernement entre proches: charges, informations, décisions et protections passent de main en main sans jamais quitter le même cercle. On y retrouve aussi les autorisations de circuler et l’accumulation des procédures judiciaires, jusqu’à ce que le citoyen finisse par se demander pour quoi il sera poursuivi cette fois.
Lus ensemble, les deux textes permettent de poser une question assez désagréable: les mers tranquilles des uns auraient-elles quelque chose à voir avec les tempêtes judiciaires des autres ?
L’astre autour duquel gravitent « événements, décisions et destins » ajoute une autre insinuation. Kokkas semble décrire un centre d’influence capable de survivre aux changements de gouvernement. Celui qui occupe le trône peut changer tandis que certaines personnes conservent leurs accès, leurs relations et leurs protections.
Pour trouver une possible référence portugaise, nul besoin d’engager un astronome.
C’est Carlos Carvalho, père de Gregorio Fernandez, qui avait désigné Anxo Ribeiro pour lui succéder et soutenu son élection comme candidat unique. Il en résulta un règne rempli d’affrontements. Kokkas en connut certains de près: après avoir été le connétable d’Anxo, il s’opposa publiquement à lui, et le monarque finit par lui retirer son titre de São Martinho. Il possède donc quelques souvenirs très concrets de la fortune, des élus et des changements de vent.
Après Anxo, Gregorio se présenta au trône. Cette fois-là, il y avait un autre candidat, et Damien Mondrágon obtint cinq voix pour chacune des siennes, comme le rapporta cette agence le 18 juillet 1472. La fortune avait pris sa journée. Les Portugais, ayant le choix, choisirent assez clairement.
Après Damien vint Sofia, membre de l’entourage le plus proche de Gregorio, et ce cercle retrouva la Couronne. Si l’on cherche les « élus » de Carlos et de Gregorio dans l’histoire récente, voilà une référence qui mérite attention. Sous ce règne, le 22 juillet 1473, Coimbra et Porto déclarèrent leur indépendance. Leurs autorités dénonçaient des ingérences électorales, des pressions militaires et des promesses de paix non tenues.
Les élus avaient retrouvé le trône ; deux comtés avaient décidé de quitter le Royaume. L’unité promise avait reçu un accueil singulier.
Ce parcours permet une lecture du message de Kokkas: l’astre pourrait être le pouvoir de Carlos et son prolongement à travers Gregorio et son entourage ; les favorisés, ceux qui trouvent leur place autour de ce centre, même lorsque le nom du monarque change. Cela reste une interprétation, puisque Kokkas évite de désigner ses destinataires. Mais, une fois ces précédents rappelés, ses observations sur les miracles récurrents commencent à paraître beaucoup moins abstraites.
Gregorio dispose d’une excellente occasion de répondre. Il pourrait expliquer ce qu’il compte faire de la Justice, quelles garanties il offrirait à ses adversaires et ce qu’il entend changer aux gouvernements de ses proches. Il pourrait même préciser pourquoi le Royaume devrait lui accorder aujourd’hui ce qu’il lui avait si nettement refusé face à Damien.
Pour l’instant, il nous a informés qu’il parlerait bientôt. Si personne d’autre ne parvient à financer sa candidature, il pourra peut-être nous donner ses explications directement depuis le trône. Cela fait toujours plus d’effet.
Kokkas ne devrait pas non plus s’installer trop confortablement dans son rôle d’« humble observateur ». Il fut connétable sous Sofia et Pacheco, participa à l’exercice du pouvoir, et la KAP elle-même rapporta ses célébrations de la victoire de Sofia. S’il dénonce les élus de ce cercle, il peut commencer par expliquer à quel moment leur bonne étoile a cessé de lui convenir.
Sa connaissance du sujet de l’intérieur donne de l’intérêt à son discours. Elle lui permet aussi d’offrir davantage que des métaphores.
Car la question de l’article sur la tyrannie attend toujours sa réponse: qui peut contredire le pouvoir sans que son désaccord devienne une affaire judiciaire ? Et cette garantie doit aussi s’appliquer à ceux qui déplaisent à Kokkas lui-même. L’impartialité présente cet inconvénient: elle profite parfois à quelqu’un que l’on ne supporte pas.
Pour l’auteur de ces lignes, cette question est bien plus proche que les astres. Alors que je regagnais Guarda pour couvrir ces élections, le maire Camus m’a intenté un nouveau procès pour avoir voyagé sans autorisation. On part chercher des nouvelles et l’on finit dans un dossier judiciaire. Ce doit être une forme portugaise de coopération entre institutions.
La conclusion de Kokkas est particulièrement révélatrice: les coïncidences, comme les dieux, éprouvent rarement le besoin d’expliquer leurs desseins. Voilà probablement l’insinuation la plus sérieuse du texte. Certaines personnes prennent des décisions qui exigent l’obéissance, mais dont les raisons ne sont jamais expliquées. D’autres doivent justifier jusqu’au chemin qu’elles ont emprunté pour rentrer chez elles.
Il serait donc bon que ceux qui prétendent nous gouverner commencent par donner des explications. Kokkas peut associer des noms et des faits à ses soupçons. Gregorio peut donner du contenu à sa candidature. Les autres doivent encore se présenter au lecteur.
Nous verrons s’ils réunissent les fonds nécessaires pour disputer la couronne, ou si tout cela se résume à une formalité précédant la proclamation de Gregorio, quelques candidatures servant au passage à lancer des avis aux navigateurs.
Le Portugal pourrait se retrouver avec quatre prétendants, un seul discours et un roi qui n’aurait pas eu à le prononcer.
Et ensuite, on nous parlera de sa bonne étoile.
Brigal pour l'AAP agence des Terres au Milieu
Pour réclamer un droit de réponse - la KAP internationale