
À Rennes (AAP) - Il y a des jours où l'on se demande si, en Bretagne, une sorte de Provence atlantique dont la Marquise s'appelle Grande Duchesse, le pouvoir se trouve dans les décisions publiées par la Grande-Duchesse justement ou dans les urnes in gratibus. Depuis la fin juillet, le peuple breton, 400 âmes grosso modo, aura ainsi été abondamment informé du fonctionnement de ses institutions.
Le 21 juillet, Astoria d'Harpaon était révoquée de ses fonctions de Chancelière. Motifs invoqués : des plaintes relatives à l'organisation des dernières démarches électorales, le fait d'avoir été elle-même candidate tout en organisant le scrutin, le quiproquo entourant le premier tour et, enfin, une prise de position sur l'Irlande jugée inappropriée au regard de ses fonctions de Chancelière et de régente.
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La décision était présentée comme nécessaire à la « bonne tenue des institutions ». La Grande-Duchesse annonçait alors qu'elle assurerait elle-même provisoirement la charge de Chancelière, dans l'attente d'une nouvelle nomination. Puis vint le temps des précisions.
Le 31 juillet, un avis sur le « fonctionnement habituel » expliquait que les documents et travaux produits dans les espaces institutionnels conserveraient leur place et pourraient être repris lorsque les activités rouvriraient. Comprenez : circulez, vous n'avez pas accès.
Le 1er août, nouveau communiqué : cette fois, il s'agissait du naufrage survenu à Dunkerque et du corps retrouvé sur les côtes bretonnes. La Grande-Duchesse relevait plusieurs incohérences dans les récits diffusés et ordonnait une enquête officielle ainsi qu'un rapport technique de l'Amirauté. La Bretagne, rappelait-elle, ne saurait « fonder ses décisions sur des récits impossibles ». Comprenez : circulez, il n'y a rien à voir.
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Le 8 août, enfin, nouvelle précision. Il fallait revenir sur la phrase selon laquelle les personnes intéressées par la charge de Chancelier seraient « invitées ultérieurement à candidater ». La Grande-Duchesse précisait désormais qu'il ne s'agissait nullement d'un appel à candidatures ni d'une procédure obligatoire : la nomination du Chancelier relève exclusivement de sa prérogative.
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En somme, beaucoup de parchemins pour rappeler qui nomme qui, qui enquête sur quoi, qui conserve quels documents et qui peut ou non présenter sa candidature. Et pendant que le Palais corrige ses propres notes de bas de page, les Bretons, eux, viennent de rendre leur copie électorale. Le résultat est sans ambiguïté.
La liste Les Bretons qui en Ont Gros (LBOG) arrive très largement en tête avec 63,5 % des suffrages, contre 36,5 % pour la Dernière liste avant la fin du monde (DLALFDM). À la proportionnelle, LBOG obtient donc une majorité absolue au Conseil ducal avec huit sièges sur douze. DLALFDM en conserve quatre. Et ce n'est pas une simple majorité numérique. Car voilà donc où se trouve le véritable levier. Pendant que la Chancellerie fait l'objet de décisions, de révocations, de précisions et de correctifs, le Conseil ducal vient, lui, de changer de visage. Et le Conseil n'est pas précisément une institution décorative.
C'est là que se concentrent les leviers ordinaires de l'exercice du pouvoir ducal : le Duc sera choisi par les conseillers, les charges principales seront attribuées, la politique économique sera conduite, la diplomatie mise en œuvre et les décisions administratives prendront corps. Autrement dit, le palais peut toujours expliquer qui est habilité à nommer le Chancelier. Mais ce sont les électeurs qui viennent de décider qui disposera de la majorité nécessaire pour gouverner.
Il y a même quelque ironie à voir la Grande-Duchesse rappeler, le 8 août, que la nomination du Chancelier relève « exclusivement » de sa prérogative, précisément au moment où les urnes viennent de produire un Conseil où une formation politique dispose à elle seule de la majorité absolue. La question bretonne n'est donc peut-être plus tant de savoir qui nommera le prochain Chancelier, mais qui, demain, lui donnera réellement sa feuille de route.
Car un Chancelier peut être nommé par le sommet. Un Duc peut être reconnu par le Conseil. Mais derrière ces deux actes institutionnels se trouve désormais une réalité électorale difficile à contourner : 63,5 % des votants ont placé LBOG en tête et lui ont donné les moyens de gouverner seule. La Bretagne semble ainsi vivre deux histoires simultanément.
Dans la première, celle des proclamations, l'on révoque, l'on précise, l'on corrige, l'on enquête et l'on rappelle les compétences de chacun. Dans la seconde, celle des urnes, un rapport de forces vient d'être établi avec une brutalité remarquable. La première occupe les parchemins. La seconde occupe les sièges.
Et si l'on cherche où se trouvent les véritables leviers de l'exercice du pouvoir dans les prochaines semaines, à l'heure du retour de l'Ordo Negrum Equites sur la scène militaire, il serait peut-être prudent de regarder davantage du côté des douze conseillers que du côté des communiqués. La Bretagne pourra toujours continuer à publier des décisions grand-ducales. Il faudra désormais surtout voir ce que fera de sa majorité le Conseil qui vient d'être élu.
NDLR : Tous les anciens Grands-Ducs de Bretagne sont actuellement condamnés par contumace par le tribunal de Rennes et vivent en exil, les uns en Irlande, les autres en France ou en Anjou.
Gaspard de la Goupille dit Gégé, pour pour l'AAP agence Meuse, Saône et Rhône.
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