Bertincourt (AAP) - La saga artésienne d’Otto Minuti continue. Dans un courrier adressé au rédacteur en chef de l’AAP, il détaille sa version des faits qui l’opposent aux autorités artésiennes depuis bientôt un mois.
A lire :
Artois mobilise son ban après une incursion attribuée à Ottominuti
La chancellerie corrige l’AAP sur le cas Ottominuti après la levée de ban
Entre les invectives lancées çà et là aux artésiens, Otto fait le récit d’une histoire en quatre actes : reconnaissance des faits et procès initial, le second procès, les représailles, et un bilan de la situation actuelle.
Les faits selon Otto
Premièrement, si Otto reconnait la prise de la mairie d’Azincourt, il apporte des détails fascinants : lors d’une matinée arrosée en taverne azincourtoise, il affirme "Arguant de ses responsabilités comtales, elle [Amelya de Lostebarne, maire d’Azincourt, ndlr.] m’indiquait devoir quitter momentanément la ville, pour quelques jours. Aussi sollicitait-elle un court intérim de ma part, en toute discrétion, pour éviter que de la ville d’Azincourt ne tombe entre de mauvaises mains. Je devais prendre la mairie le soir même – elle ne serait pas défendue – et la restituer quelques jours plus tard." Otto accepte, et entre seul dans la mairie le soir même pour en assurer le fonctionnement dans les jours à venir.
Cependant, au lever du jour, c’est le drame : "Farfouillant dans les registres municipaux – je dus me rendre à l’évidence : les caisses étaient tout à fait vides. Impossible de payer quoi que ce soit, pas même la solde d’un milicien. Il ne restait en tout et pour tout que quelques vivres." Afin de remédier à la situation, il brade les vivres pour assurer le budget défense et organise un voyage chez lui, à Bertincourt, pour piocher dans ses caves personnelles de quoi alimenter la mairie. C’est à peine Otto hors de murs d’Azincourt que la rumeur se fait entendre – il aurait pillé la mairie, et serait en fuite. La justice lance alors le procès initial à son encontre ; sans preuves, celui-ci aboutira à une relaxe.
L’hypothèse d’un coup monté
"Quelques jours après," continue-t-il, "alors que je méditais encore sur cette étrange histoire, en sirotant une bière artésienne, tiède et quelconque comme la plupart des artésiens, la rumeur s’est à nouveau manifestée : le père de la juge Marca [Darflex, alors conseiller comtal sans poste, désormais Capitaine d’Artois, ndlr.] est venu essayer de m’extorquer des aveux, puis m’a expliqué que je serai poursuivi et condamné pour le pillage de la mairie d’Azincourt."
Un second procès sans preuve supplémentaire devrait aboutir au même verdict – mais il n’en était rien. Dix jours après les faits, le témoignage anonyme d’un employé municipal qui affirme avoir consigné les détails du pillage dans les registres vient faire pencher la balance du côté de la procuration. Otto ainsi que ses compagnons de voyage, mis en cause alors que leurs noms n’avaient jusque-là pas été mentionnés, écopent alors des peines relatées dans un autre article de l’AAP : des semaines de geôle, et des milliers d’écus d’amende. C’est cette seconde salve de procès qui fait tiquer Otto. Il raconte :
"Pour que j’aie pris la mairie sans l’aide de la maire, il faudrait qu’aucun défenseur n’ait été mobilisé cette nuit-là . A supposer que j’aie eu des complices, cela implique qu’il n’a pas été possible de recruter deux défenseurs, effectif qui aurait suffi à interdire toute révolte. Dans une ville tenue par la prévôte d’Artois, c’est impensable. Puisque j’ai été accusé d’avoir pillé quelque chose comme 8000 écus de valeurs, il faut admettre aussi qu’ils étaient en mairie. Nous aurions donc une maire qui conserve des sommes très importantes pour une poignée d’habitants, et en ayant aucun moyen de se prémunir d’une attaque. Peut-on imaginer qu’Amelya de Lostebarne soit à ce point stupide et incompétente ?
Le procès qui a abouti à ma condamnation a été ouvert 8 jours après les faits supposés. Sachant qu’il m’en aurait fallu tout au plus deux pour m’enfuir hors de l’Artois, comment peut-on penser que mon comportement est celui d’un coupable ? A contrario, la Justice aurait-elle été si lente si ma culpabilité réelle avait été une hypothèse plausible ? Le constat est évident : si l’Artois avait espéré que je m’échappe, il n’aurait pas procédé autrement."
Il conclut par une déduction logique : "L’hypothèse du coup monté est en conséquence plus rationnelle et moins coûteuse. Et si les réserves d’Azincourt ont bien été pillées, d’autres ont eu bien plus de facilité que moi pour le faire. Mais peut-être avaient-ils besoin d’un bouc-émissaire pour couvrir leurs traces ?"
Les exactions continuent
On pourrait imaginer qu’à la suite de cette peine, la dette d’Otto et de ses compagnons vis à vis de l’Artois serait soldée. Il n’en était rien. Dans les jours qui suivent, le pouvoir artésien leur rend la vie dure : le navire d’Otto sera coulé à quai, son amie Liame est rouée de coups sur les chemins par l’armée comtale – une agression illégale qui aura valu un procès au capitaine d’Artois, mystérieusement gracié par le Prince (et Comte) d’Artois, Romuald de Dénéré Penthièvre dans la foulée - et sommée de quitter son poste de Tribun de Bertincourt, et enfin, Otto, Liame, et Merveille du Mounet seront déchus de leur citoyenneté artésienne lors d’un vote à huis clos "contraire à la Constitution artésienne dans sa forme."
La défaite
Otto et ses compagnons se retrouvent donc à Compiègne, en Champagne. "Pourchassés par l’armée et par la justice, nous n’avons qu’une seule porte de sortie possible : constituer une armée pour être en mesure de se défendre avant de revenir chez nous." La Champagne, cependant, oublie la rivalité historique avec l’Artois le temps de les dénoncer, chose que déplore Otto : "Preuve que les rivalités historiques pèsent peu face à l’éventualité d’un risque mineur, tout à fait improbable. Peut-être que lorsque le capitaine d’Artois mettra en œuvre le Grand Projet dont il rebat les oreilles de tout le monde – reprendre Compiègne à la Champagne – il y aura un artésien pour le dénoncer aussi."
Le bilan a été lourd : des blessures pour tous, et un mort : le baron Tytus, ancien Président de la Cour Suprême d’Artois dont les circonstances de la démission en 1473 laissent penser que son décès ne sera pas malvenu pour le pouvoir artésien actuel. "Nous sommes donc condamnés à l’errance, à la clandestinité" conclut-il.
Conclusion
Otto termine son courrier par un bilan pessimiste. "Plus les villes se vident, plus elles sont fragiles et plus on stigmatise les étrangers-de-pas-d’ici. Les nouveaux venus sont les bienvenus - sous réserve qu’ils se taisent, qu’ils se soumettent, et qu’ils ne viennent pas troubler la quiétude de la poignée de vieux clous qui empilent les mandats, les titres, les charges. L’Artois compte à peine plus de 200 habitants. Le prince est aussi le comte, et chaque conseiller cumule plusieurs titres. Toute opposition a été purgée et l’on y meurt d’ennui.
Tout cela manque de vie. De gens qui acceptent de prendre quelques risques, de jouer, quitte à parfois perdre. D’accepter que nous ayons tous plus besoin d’être nombreux que de nous apprécier. Qu’il y ait sans doute des solutions pour que chacun trouve son compte, même dans la rivalité ou dans la confrontation. Qu’un bon ennemi, c’est toujours mieux que pas d’ennemi du tout ; il faut donc en prendre soin tout autant que d’un allié."
Le sentiment d’Otto en est un que je partage. Partout, l’AAP constate des dérives de la justice, utilisée désormais comme arme du pouvoir plutôt que bouclier des innocents – que ce soit en Anjou, en Champagne, au Bourbonnais-Auvergne ou en Bretagne, les procès se multiplient pour assurer la sécurité des pouvoirs en place. Les listes se font totalitaires, écrasant la dissidence et par la même la discussion : il faut remonter à mars, en Guyenne, pour retrouver un conseil de coalition. Depuis, aux 21 autres élections comtales et ducales, le conseil ne s’est formé que d’une seule liste totalitaire.
Il ne reste finalement qu’une question que ni les procès, ni les condamnations à l’exil ne semblent avoir réellement tranchée : celle de la confiance. La confiance dans les institutions, dans l’impartialité de la justice, dans la capacité des provinces à accepter encore la contradiction et le conflit politique sans chercher l’élimination pure et simple de l’adversaire.
L’affaire Otto dépasse le simple pillage d’une mairie. Elle met en lumière un malaise plus profond qui traverse aujourd’hui nos Royaumes : celui des institutions de plus en plus verrouillées, où la stabilité paraît désormais préférée au débat, et où toute opposition finit tôt ou tard par être assimilée à la menace.
Dans des provinces qui peinent déjà à attirer de nouveaux habitants et à maintenir une vie politique active, la disparition progressive du dialogue et des rivalités politiques pourrait bien avoir un coût plus lourd encore que les crises qu’elle prétend éviter : celui de l’ennui, et du déclin.
Ladzserus, pour l'AAP, agence de France.
* * * * * * *
Article validé par Ladzserus, Rédacteur en Chef de la KAP France.
Vous voulez un droit de réponse RP ? Rendez-vous à l'accueil de l'AAP
Vous voulez signaler une infraction à la Charte KAP auprès du collège des Rédacteurs en Chef ? Rendez-vous au siège international de la KAP
* * * * * * *