Reims (AAP) - Dans les salles austères du palais de justice de Champagne, les procès se succèdent désormais avec une régularité mécanique. Brigandage, armées illégales, révoltes municipales, violations de la loi martiale : le tribunal champenois ne juge plus seulement des délits, il administre un état de tension permanent où chaque voyageur devient suspect, chaque lance une menace potentielle, chaque attroupement l’esquisse d’une guerre privée.
Ces derniers jours ont vu défiler une galerie entière de prévenus dont les noms reviennent d’un dossier à l’autre comme les personnages d’une même chronique de désordre : Ottominuti, Tytus, Hannah..., Steph67, Ramwoolf, Kweta ou encore Deloney_j. Tous gravitent autour des mêmes affaires, des mêmes routes, des mêmes troubles qui agitent la Champagne et ses frontières.
La première procédure notable concerne Tytus, poursuivi pour avoir aidé à la création de l’armée illégale « Legio Chiconis » à Compiègne. Les rapports de maréchaussée l’accusent d’avoir été recruté par l’armée d’Ottominuti au moment même où celle-ci se formait sans autorisation ducale. Dans une Champagne placée sous loi martiale, lever un étendard privé relève presque de la provocation politique.
À lire : Artois mobilise son ban après une incursion attribuée à Ottominuti
Pourtant, les échanges produits au procès donnent à l’affaire une étrange tonalité. Ottominuti écrit aux autorités avec une politesse appliquée, assurant n’avoir aucune intention hostile envers la province. Il se présente même comme le chef d’une simple compagnie franche d’Artésiens fatigués de la politique de leur terre natale. La Champagne, elle, n’entend pas distinguer entre mercenaires désœuvrés et menace armée : toute armée non autorisée devient automatiquement illégale.
Le procès de Tytus s’est déroulé dans un silence presque funéraire. Le prévenu ne s’est jamais présenté devant la cour. Le maire de Compiègne, appelé à témoigner, s’est borné à déclarer : « Je ne témoigne pas contre les morts. » Une phrase sèche, énigmatique, qui a suffi à donner à l’affaire une atmosphère de chronique noire.
À peine ce dossier ouvert, Argonne sombrait à son tour dans le tumulte. Dans la nuit du 16 au 17 mai, la mairie de la petite ville est prise lors d’une révolte menée par Hannah.... Le maire Fatba, surpris pendant sa garde nocturne, affirme avoir fui par une fenêtre tandis que les assaillants se barricadaient dans le bâtiment municipal. Au matin, le nouveau pouvoir affiche sa victoire avec une proclamation presque carnavalesque : « La MANO est dans la place !!!! »
Là encore, derrière la farce se cache une inquiétude bien réelle. Les rapports mentionnent la présence d’une lance regroupant Hannah..., Steph67, Ramwoolf, Deloney_j et Kweta. Aux yeux de la prévôté, il ne s’agit plus de vagabonds isolés mais d’un groupe structuré, mobile et habitué aux coups de main.
À lire : en Auvergne, les fourches patibulaires
Mais le moment le plus marquant du procès reste la défense de Hannah.... Là où tant d’accusés choisissent le silence, elle transforme l’audience en foire d’invectives. Elle raille l’odeur du maire détrôné, tourne en ridicule sa fuite, prétend n’avoir voulu que « faire le ménage » dans une mairie abandonnée à la sieste. La procureure Hersent d’ar Sparfel elle-même semble presque surprise de devoir répondre à une véritable plaidoirie plutôt qu’au mutisme habituel des brigands.
À peine Argonne reprise, Reims devient le théâtre d’une autre série de poursuites. Cette fois, il ne s’agit plus de prendre une mairie mais simplement d’entrer dans la capitale sans autorisation. Steph67, puis d’autres compagnons de route, sont accusés d’avoir franchi les portes de Reims sans laisser-passer, malgré les proclamations rappelant que la ville est fermée aux voyageurs en raison de la loi martiale.
Ces procès disent beaucoup de la Champagne actuelle, à peine plus de 100 habitants. Officiellement, le duché protège son territoire. Officieusement, il vit dans une méfiance constante. La capitale ressemble désormais à une ville assiégée où l’entrée elle-même devient suspecte. Les proclamations promettent aux contrevenants d’être « fauchés sans sommation » par les armées ducales. Les tribunaux rappellent inlassablement que nul n’est censé ignorer la loi. Et la loi, désormais, est partout.
Dans cette accumulation de procédures apparaît finalement un royaume où les frontières intérieures se durcissent autant que les frontières extérieures. Une simple lance de voyageurs peut provoquer l’alerte générale. Une nuit de désordre suffit à transformer une mairie en symbole de crise politique. Et derrière chaque procès transparaît la même inquiétude : celle d’un ordre fragile, contraint de se défendre sans cesse contre des ennemis parfois réels, parfois simplement supposés.
À lire : au Palais de Justice de Champagne
Glaber pour l'AAP, agence de France
Edito, par Ladzserus, du 24/05/1474:
Thyxia, cheffe de la Mano, a proposé aux autorités champenoises un accord. Dans un communiqué en date du 22/05/1474, elle écrit : "La Mano est prête à verser un don compensatoire au Duché de Champagne ou à une mairie champenoise, afin de clore cette affaire dans un esprit plus intelligent que vindicatif". S'en suit une proposition chiffrée - soit 600 écus (100 écus par procès), soit deux cochons ou deux vaches.
Bien que restée sans réponse à l'heure actuelle, les autorités champenoises ne semblent pas entièrement contre cette approche pour le moins innovante à la justice. Qu'en penser ? Justice achetée ? Simple transaction bénéfique des deux partis ? A vous de juger.
À lire : Proposition diplomatique de la Mano à la Champagne
* * * * * * *
Article validé par Ladzserus, Rédacteur en Chef de la KAP France.
Vous voulez un droit de réponse RP ? Rendez-vous à l'accueil de l'AAP
Vous voulez signaler une infraction à la Charte KAP auprès du collège des Rédacteurs en Chef ? Rendez-vous au siège international de la KAP
* * * * * * *